Scènes L’extrême droite remonte, Jean-Marie Piemme en fait un conte. Mis en scène par Fabrice Schillaci.  Critique

Il était une fois une famille. Le Blond, la Blonde et leur fille Blondinette vivaient heureux - quoiqu’obscurément inquiets - dans leur maison propre et bien nette, où d’ailleurs ronronnait l’aspirateur.

"Tout va bien", se répètent-ils, à la manière d’un mantra. Car tant de normalité n’existe ni ne se maintient que par comparaison avec le chaos ambiant. Or le monde extérieur grouille d’incertitudes voire de dangers. Ainsi la voiture, garée derrière l’entrepôt, court-elle le risque d’être vandalisée, voire volée. Et quand Blondinette rentre, déclarant avoir vu passer un homme, ses parents s’alarment. Le passant n’a rien dit, rien fait, n’a même pas semblé jeter un regard à la jeune fille. Or, gronde le Blond, "la menace qui n’a pas l’air d’une menace est la pire des menaces".

© Alice Piemme

Rire de nos peurs

Fabrice Schillaci, qui fut l’interprète de Jean-Marie Piemme dans "Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis" puis dans "L’Ami des Belges", a ici commandé à l’auteur une pièce qui évoquerait l’actuelle remontée de l’extrême droite en Europe. Observateur de l’air du temps, le dramaturge en tire un conte d’aujourd’hui, qui montre "comment la peur jette les gens vers des solutions catastrophiques". C’est la fille (Élisabeth Karlik) qui, l’oreille tendue vers des voix qui écoutent, rassurent et rassemblent, succombe à l’appel d’un leader et affûte ses arguments pour, à son tour, convaincre ses parents (Joëlle Franco et Stéphane Vincent). 

"Cet homme-là éblouit.
Il claque au vent.
C'est le drapeau des petites gens."

- la Blondinette

Toute ressemblance avec des partis existants est sans conteste délibérée (la Blondinette a d’ailleurs de faux airs de Marion Maréchal Le Pen) - quitte à forcer le trait. Au rire cathartique voulu par le metteur en scène, l’auteur répond par l’allégorie farcie de caricature. Sans éviter les clichés parfois pesants, son écriture féroce, son sens de la formule font grincer la fable jusqu’à la distorsion.

La scénographie très structurée de Johan et Johanna Daenen épouse la pensée carrée des personnages et contraste avec le grotesque vers lequel peu à peu ils dérapent.

Rappelons que "Jours radieux" est la première des trois pièces de Jean-Marie Piemme montées cette saison, avant "Eddy Merckx a marché sur la Lune" (par Armel Roussel, aux Tanneurs) et "Bruxelles, printemps noir" (par Philippe Sireuil, aux Martyrs).



  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 28 octobre, à 20h. Durée : 1h20. De 9 à 21 €. 
  • Pass Piemme³ (1 auteur/3 pièces/3 metteurs en scène) en vente au Varia jusqu’au 28 octobre. 
  • En écho tant à "Jours radieux" qu’à "Retour à Reims, sur fond rouge", à l’affiche dans la grande salle, le Varia propose, les samedis 14 et 21 octobre, deux 5 à 7 politiques. 
  • Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be