Scènes

Mille et une fois jouée, adaptée, chantée, encensée, la tragédie de "Roméo et Juliette" s'inscrira longtemps dans l'actualité. Il existera toujours une Tutsie amoureuse d'un Hutu, une Israélienne éprise d'un Palestinien, une roturière charmée par un prince, une Flamande mariée à un Wallon...

En s'attaquant au magnifique texte de Shakespeare, programmé au Manège, à Mons, en pleine Saint-Valentin, la jeune metteur en scène Delphine Bougard entend bien secouer, divertir mais également toucher les spectateurs. Car si Roméo meurt d'amour pour Juliette, l'artiste, quant à elle, est liée au théâtre de rue depuis de longues années. Et nous avoue avoir un tantinet hésité lorsque le Manège lui a "passé commande".

Ayant déjà embrassé le répertoire classique avec "Les Fourberies de Scapin", la voici donc confrontée à la tragédie alors que sa Cie de la Sonnette est connue pour avoir développé un style propre, basé sur l'improvisation et le geste.

Destruction massive

"Pour moi, au départ, il s'agissait d'une histoire d'amour un peu mièvre avec une Juliette insipide. En relisant le texte, j'ai vu comment une petite bagarre de rue pouvait provoquer une destruction massive. Alors, j'ai décidé de partir du conflit des Capulet et des Montaigu pour évoquer d'autres guerres, à travers des projections vidéo. J'ai voulu parler du problème wallon-flamand. La bande de Juliette sera flamande, celle de Roméo, wallonne. Le tout avec un parti pris. La Belgique ne doit pas se séparer. Le Prince de Vérone, quant à lui, aura des interventions terribles pendant le spectacle, en flamand mais aussi en français, en hébreu, en anglais... J'espère que les spectateurs comprendront la bêtise de ces combats. La haine qui divise les familles Capulet et Montaigu est tellement ancestrale qu'on ne sait même plus pourquoi ils sont fâchés. Finalement l'histoire d'amour est un prétexte", explique Delphine Bougard. Non contente d'ancrer la tragédie dans l'actualité, elle la dotera aussi du mouvement qui lui est cher, de masques, de rires, de larmes, de cape et d'épée. D'où son appel au maître d'armes Bob Heddle Roboth qui a notamment formé Gérard Philipe ! (Lire ci-dessous.)

Juliette mène la danse

Sujet à de nombreuses coupes, le texte du grand William ne devrait cependant pas être dénaturé. On retrouvera les scènes et vers mythiques dont ceux du rossignol et de l'alouette, la messagère du matin rappelant à Roméo qu'il doit partir et vivre, ou rester et mourir...

Aidée par André Markowicz pour travailler le texte, la metteur en scène s'est largement inspirée d'une traduction de Georges Duval datant du XIXe siècle. En s'y attelant, elle a surtout compris à quel point Juliette menait la danse. La mémoire collective présente en effet Roméo comme le super-héros alors qu'il est tour à tour désespéré, impuissant, angoissé, larmoyant. Juliette le rassure, décide, assume, organise et l'entreprend : "Et viens me prendre tout entière..." va-t-elle jusqu'à lui dire du haut de son balcon. On l'avait presque oublié.

Mons, Théâtre le Manège, du 13 au 18 février. Rens. : 065.39. 59.39. ou Web www.lemanege.com

Ensuite du 28 février au 1er mars à Arlon, du 24 au 27 avril à Charleroi, et en mai à Ath.