Scènes Vendredi s’ouvre le 22e Kunstenfestivaldesarts. Une édition plus transversale que jamais, avec le Wiels pour partenaire. Trois semaines de propositions multiples pour brouiller les frontières et désintégrer les œillères.

Alors que les discours ambiants érigent des murs et propagent les menaces, la culture résiste. L’art vivant porte plus que jamais en avant l’expérience sensible, et l’empathie dont est empreinte la nouvelle édition du Kunstenfestivaldesarts contredit les paroles schématiques et les symboles réducteurs.

"Plusieurs spectacles sont, avant tout, des invitations à ressentir et à reconsidérer les frontières qui séparent le soi et l’autre, la connaissance et l’expérience", relevait Christophe Slagmuylder lors de la présentation du programme. Cultivant son identité singulière - bicommunautaire, urbaine, contemporaine, transdisciplinaire, internationale -, le Kunsten encourage les artistes à explorer des territoires neufs : plasticiens tâtant de la mise en scène, langages artistiques détournés ou mixés de manière inédite, émergence de formes neuves. Tout cela fait de ce moment un rendez-vous largement reconnu et très fréquenté par un public divers que guide la curiosité. 

Alliance musée+festival

Le Wiels, où a été inaugurée récemment l’exposition "Absent Museum", sera le centre névralgique du week-end d’ouverture, mais également un partenaire du KFDA. "La proximité et les échanges entre les deux contextes, celui de l’exposition et celui du festival, les portent à constituer ensemble un vaste espace consacré à la création contemporaine internationale - toujours pensée en relation avec son ancrage local, un espace fluide qui encourage les déplacements."


Nástio Mosquito crée un "Guided Tour" qui injecte de la fiction dans l’exposition. D’autres performances prendront place dans le centre d’art, signées Otobong Nkanga et Lili Reynaud Dewar. Non loin du Wiels, en lien avec son environnement urbain et les habitants du quartier, on découvrira "Composite", série de micro-happenings orchestrés par Tetsuya Umeda en forme de parcours, où une trentaine de Bruxellois sculptent sous sa direction une comptine enfantine : une expérience organique, fragile, émouvante.

Parmi les premières créations d’envergure de cette édition figure "Dança doente" de Marcelo Evelin. Le chorégraphe brésilien s’est inspiré du butô pour sonder la déchéance physique et démonter les codes de la danse contemporaine. Approchant sa "Danse malade" comme la pathologie du corps en mouvement, il la rend virale, post-apocalyptique (Kaaitheater, 6 > 8/5).


Partant d’Euripide, Marlene Monteiro Freitas - l’une des figures les plus marquantes et impressionnantes de la danse actuelle - a réuni douze danseurs et musiciens pour se mesurer à la tragédie. "Bacantes" (notre photo d'ouverture) s’annonce comme une guerre entre la raison et l’intuition, la forme et sa dilution, l’individu et l’oubli de soi. Le tout dans le langage scénique expressif, excessif, inquiétant et spectaculaire de la chorégraphe (Halles, 5 > 8/5).

Accélérateur de particules

Pieter De Buysser, auteur, philosophe et homme de théâtre, crée "The Tip of the Tongue", une performance pour le Planetarium, où il est question d’un philanthrope voulant construire un vaisseau spatial, d’une petite fille, d’un détective perdu, d’un accélérateur de particules, de nébuleuses spirales, d’un trou noir majestueux… Ou peut-être, plus prosaïquement, de la réalité politique et scientifique actuelle (Planetarium, 6 > 8/5).


Les frontières, encore elles, se brouillent également dans la mise en question que leur applique Monira Al Qadiri pour "Feeling Dubbing", performance inspirée par les confrontations et les décalages nés du doublage. Sculpture de sons, tragédie de la fragmention (Villa Empain, du 9 au 13/5).

Et ce n’est qu’un début, puisque, pour n'évoquer qu'une pincée des autres noms attendus, le Kunsten présentera notamment la toute nouvelle création de Transquinquennal avec l'auteur argentin Rafael Spregelburd "Philip Seymour Hoffman, par exemple", le nouveau spectacle de l'Amicale de production ou encore l'artiste Mariano Pensotti, récurrent au festival depuis "La Marea", rue de Flandre, en 2003. À l'invitation du Cifas, le metteur en scène argentin revisitera cette mémorable création, lors d'un atelier à la Bellone. 



Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, divers lieux, du 5 au 27 mai. Centre du festival et billetterie : Palais de la Dynastie (Mont des arts). Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be