Scènes

Croisements et questionnements à l’ordre du jour, au KFDA, avec une visite guidée singulière au Wiels, une performance déroutante à la Villa Empain. Critique.

En s’associant étroitement au centre d’art Wiels, le Kunsten approfondit encore le sillon qu’il creuse depuis ses débuts : explorer les pratiques artistiques transdisciplinaires, venues de partout, et ancrées dans le contexte bruxellois. En y invitant des performeurs, il met en relief les questions qui y surgissent. En particulier dans l’exposition "Le Musée absent", dont Nástio Mosquito propose une visite guidée singulière. 


"Né sur Terre et basé dans un de ses continents", l’acteur-activiste rassemble un cercle de spectateurs. Un toast est porté "à la médiocrité en chacun de nous". Pour un temps, il est le chef, et s’en délecte avec dérision, pour mieux entraîner le public vers les étages de l’exposition, emplissant la cage d’escalier d’un gospel qui peu à peu se mue en chœur.

La mesure de l’offense

Si l’exposition vaut par ailleurs une visite moins succincte, Nástio Mosquito y soulève des interrogations pertinentes, dérangeantes voire brutales - en écho aux œuvres souvent - qui nous renvoient à nos existences, nos croyances, nos indifférences. Quels sujets nous préoccupent vraiment ? Comment vit-on le regard d’autrui ? Que transportons-nous qui puisse rehausser le niveau de joie d’un autre être humain ? A quelle aune se mesure l’offense ? Qu’acceptons-nous de voir ? Quand détournons-nous le regard ? En finale de ce parcours, le monologue interprété par Guy Dermul, pour piquant qu’il soit, injecte du théâtre dans un moment qui n’en avait pas besoin, fort justement de sa tension aléatoire et sans ménagement. 


Autre maison d’art dans le paysage bruxellois, la Villa Empain accueille "Feeling dubbing", où la plasticienne Monira Al Qadiri (Koweitienne, née au Sénégal, formée au Japon, basée à Beyrouth) évoque - avec son double masculin en marionnette - les dessins animés japonais doublés en arabe, ingrédient marquant de son enfance. Une proposition déconcertante, où la naïveté côtoie la folle érudition d’une recherche qui englobe le genre, l’identité, la fuite, le souvenir, la projection, le sentiment d’étrangeté, la puissance des sens qui nous lient à une voix ou à la saveur d’un bol de nouilles.


  • Nastio Mosquito, encore les 12, 13, 26 et 27/5 au Wiels (en anglais).
  • Monira Al Qadiri, jusqu’au 13/5 à la Villa Empain.
  • Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 27 mai. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be