Scènes

Les Africains ont ceci d'agaçant : Ils sont imbattables dans l'art de conter. Dès qu'ils arrivent sur scène, Apollinaire Djouomou, Ansou Diedhiou et Brahima Coulibaly montrent de quel bois ils se chauffent. A priori, l'histoire de la création du monde peut sembler archiconnue. Mais à leur façon de se renvoyer la balle, au propre comme au figuré, ces trois comédiens bluffent l'assemblée. Entre humour, sincérité, humilité et générosité, ils partagent leur vision de la création quand les animaux, seuls au monde, vivaient encore en paix. Arrivent alors les hommes avec leurs aspirations et langues différentes, au nom, sans doute, d'un grand chaos universel.

Contée, chantée et dansée à coups de djembé ou de n'goni, "Dounia" enchante et ensorcelle. En effet, parce qu'ils savent parler, rire, bouger et donner, ces comédiens de Planète Culture, nouvelle compagnie venue à Huy, réussissent leur pari au terme parfois d'un long parcours.

Lorsqu'il était petit, Apollinaire, par exemple, marquait sa tribu par ses dons de conteur. Son père, toutefois, le voyait médecin. Arrivé de Cameroun, il étudie l'agronomie en Belgique, puis passe l'agrégation et organise des ateliers de théâtre avec les élèves. Il revient enfin à ses premières amours et soigne aujourd'hui les gens d'une autre façon. Sous l'oeil avisé, en outre, de Gauvain Duffy et avec la complicité de Brahima Coulibaly, danseur fulgurant au Ballet national du Mali.

Bien connu des spectateurs du Poche, le troisième larron, Ansou Diedhiou, y a interprété "Allah n'est pas obligé" et a joué dans "Rwanda 94" de Jacques Delcuvellerie. Bon sang, dit-on, ne saurait mentir.

Presque parfait

Venu confirmer son talent, Soufian El Boubsi, inoubliable dans "Terres promises", change cette fois de registre. Conteur hors pair, lui aussi, et digne fils d'Hamadi, il livre un one man show impressionnant dans "Un monde presque parfait" où le comique et la gestuelle se taillent la part du lion. Passant avec dextérité d'un personnage à l'autre, il nous emmène dans un voyage imaginaire, seul salut aux yeux du mal aimé de la famille. Même si le regard paternel finit toujours par nous rattraper. Voilà un joli prix d'interprétation en vue pour un spectacle aux accents de Gad El Malhed. Avec une petite leçon à la clé : méfions-nous de ceux qui paraissent plus bêtes qu'ils le sont...

Autre bonne surprise à Huy, en ce troisième jour des Rencontres théâtre jeune public, grâce à l'arrivée de Geneviève Voisin, nouvelle venue, également. Fragile et risquée, sa "Contre-naissance d'un clown" déshabille la comédienne pour mettre ses états d'âme à nu. Après un début diaboliquement ringard, sur fond d'Yves Duteil - si, si... -, la comédienne bascule soudainement dans un autre monde pour dire ce que tant de comédiens pensent sans jamais oser l'exprimer. Parce qu'ils sont aussi et avant tout des êtres de chair et de sang. Alors, au vestiaire, les éternelles pitreries et accoutrements chatoyants des clowns. Seul restera le traditionnel nez rouge, utile code théâtral. La comédienne entre alors sur le fil de la dérision, interpelle le public, l'invite sur scène, dit son amour de la méditation et des alexandrins de Racine. Une vraie prise de risque, inhabituelle et déroutante qui enchante les adolescents. Encore gagné !

Lire notre dossier récapitulatif dans "La Libre Culture" du 5 septembre