Scènes "The Last Supper", une des fenêtres sur le monde du 69e Festival d’Avignon.  Critique. 

Un festival international - qu’il soit de cinéma, de théâtre, de danse, de photographie… - permet non seulement de se frotter à des pratiques artistiques diverses, mais aussi d’approcher d’autres réalités culturelles.

Aussi décriée que soit sa programmation 2015, Olivier Py (qui sillonne les rues avignonnaises à vélo et coiffé d’un panama) a ce mérite : assembler sous la coupole Festival d’Avignon des propositions qui font sentir le pouls du monde. En témoigne notamment le cycle "Ça va, ça va le monde !" (lecture de textes contemporains d’Afrique, du Proche-Orient et des Caraïbes) programmé par RFI.

Extravagances

Fatou Cissé donne dans "Le Bal du Cercle" une relecture du Tanebeer, pratique ancestrale sénégalaise, et transforme cette réunion festive de femmes en défilé extravagant, modulé entre danses traditionnelles et codes des night-clubs africains. Les questions de l’émancipation et des rapports de force s’esquissent dans un flux pulsatile et pugnace qui, malgré sa belle vivacité, ne nous passionnera guère.

De Buenos Aires est venu "Dinamo", où Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti rassemblent trois solitudes au féminin dans une caravane improbable. Une star déchue mais toujours rock, une rescapée d’hôpital psychiatrique, une fantomatique immigrée clandestine : trois figures de la marge pour un spectacle qui s’enferme dans l’absurde.

Famille, maîtres, serviteurs

C’est à un repas de la bonne société cairote que nous convie Ahmed El Attar. La famille, les maîtres et les serviteurs sont depuis longtemps sous la loupe du metteur en scène, qui voit s’y refléter "le large éventail des dynamiques de négociation à l’intérieur de la société ainsi que ses perpétuelles crises cachées ou dévoilées".

Un banquet est dressé; tables et chaises transparentes vont accueillir les convives, des couples, un patriarche, des enfants et leur nounou, un général très attendu, deux domestiques… Les conversations roulent : vantardises ici, préoccupations financières là, considérations politiques, principes d’éducation, détails quotidiens...

Interprété par onze formidables acteurs, ce microcosme confiné, ciselé entre apparence du réel et puissance satirique des stéréotypes, révèle avec les codes bourgeois de vertigineux abîmes.

On regrettera seulement que l’éclairage noie les contrastes des surtitres, alors que les mots, autant que les attitudes, traduisent l’humain, ses bassesses, ses mépris, sa frivolité oublieuse des combats du peuple.


--> 69e Festival d’Avignon, jusqu’au 25 juillet. Infos : www.festival-avignon.com

--> "The Last Supper" sera à Bruxelles, Bozar, les 20 et 21 janvier 2016, après un passage au Festival d’Automne à Paris. en novembre au Théâtre de Gennevilliers.