L’Europe et le vieux coucou

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Scènes

Composé par Rossini en 1825, à l’occasion du couronnement de Charles X, "Il viaggio a Reims" se présente avant tout comme un divertissement où 17 solistes, dont 10 de premier plan, confinés dans un huis clos provisoire, se livrent à un feu d’artifice vocal, sur fond de chassés-croisés amoureux, patriotiques et poétiques. Le livret situe l’action dans un hôtel thermal à Plombière (une série de personnalités prestigieuses venues de toute l’Europe pour assister au couronnement y sont bloquées, faute de chevaux de relais). Mariame Clément, qui signe la mise en scène, place l’action dans un avion, un vieux coucou que même Sabena aurait interdit, cloué au sol pour panne de carburant (on suppose). Classe économique en haut, classe affaires en bas, cabine de pilotage à l’avant-scène, et toilettes (seul lieu d’aparté) côté jardin, le tout, vu par la tranche. Mariame Clément est une orfèvre de la direction d’acteurs, chaque soliste, chaque membre du chœur participe à une scénarisation parallèle désopilante, dans laquelle le ballet des hôtesses de l’air, rangées de profil, main gauche (recouverte par la main droite) sur la hanche, confirme une référence aux années 60 qui n’exclut ni les téléphones portables ni les iPod. Un peu plat dans ses débuts, l’ensemble du dispositif décolle vraiment en seconde partie, où se rejoignent l’outrance savante (telle la partie de jambes en l’air de la Marchesa Melibea et du comte de Libenskof) et la poésie, avec, en sommet, l’arrivée de Corinna en fée Europe, couronnée d’étoiles Cette poésie, la musique la distille dès la première mesure, grâce à la direction d’Alberto Zedda, maître en la matière, transformant la partition de Rossini en lumière, en dentelle, en feu d’artifice, parfois aussi en déferlante d’émotion. Allégresse des tempos, précision des cordes, soin extrême porté aux solos instrumentaux - flûte et harpe en tête -, soutien indéfectible et efficace au plateau, tout est réuni sous la baguette et le regard de ce magicien de 83 ans, ovationné par le public dès son entrée dans la fosse. La distribution - dont la plupart des chanteurs abordent ici une prise de rôle - est jeune, globalement excellente et homogène. Les rôles féminins sont menés par trois chanteuses russes de rêve, infaillibles et gracieuses, les sopranos Elena Gorshunova et Elena Tsallagova et la mezzo Anna Goryachova (superbe Melibea). Serena Farnocchia, pilier des ensembles, est une Madama Cortese (pilote de l’avion) débordante de vitalité et Anneke Luyten (Maddalena, chef-hôtesse), voix ronde et lumineuse, s’exerce au comique avec succès. Du côté des chanteurs, la palme revient au ténor américain Robert McPherson, Belfiore, vocalement sûr et musicalement raffiné. Avec le baryton-basse Carlo Lepore (Don Profondo), Alexei Kudrya (Libenskof), Josef Wagner (Lord Sidney), Cozmin Vasile Sime (Trombonok), Igor Bakan (Don Prudenzio) et, le soir de la première, Andrè Schuen (Don Alvaro), aphone, sur scène, et Jin-Ho Yoo, chantant.

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