Scènes

Pour lancer sa saison particulière - où ne figurent que deux accueils en création (http://bit.ly/1MoZ8iE) -, l’Océan Nord propose jusqu’à samedi prochain le nouveau spectacle de Myriam Saduis.

La metteure en scène du remarqué "Affaire d’âme" (d’Ingmar Bergman) et de "La Nostalgie de l’avenir" (très belle relecture de "La Mouette" de Tchekhov) voit dans ce théâtre où sont nées ses créations une "neutralité bienveillante, à l’écoute de ce qui émerge".

Exubérante gravité

Après avoir longtemps tourné autour du nom d’Hannah Arendt, Myriam Saduis a soudain été surprise par l’évidence d’une image "lumineuse et très précise : Hannah Arendt était là, sur un plateau de théâtre, entourée de gens qu’elle aimait, et elle dansait. L’image d’une pluralité sous les cieux, d’un corps revenant à la vie, d’un corps pensant en mouvement…" "Amor Mundi", dit-elle, "est l’enquête sur cette image". Elle y dirige des acteurs qui articulent tout en sensibilité exubérance et gravité : Romain David, Laurie Degand, Soufian El Boubsi, Jérôme de Falloise, Mathilde Lefèvre, Aline Mahaux et Ariane Rousseau.

Le spectacle s’ouvre sur les ondulations chaloupées d’une silhouette, de dos, une femme que bientôt rejoint son mari. Hannah et Heinrich, tous deux réfugiés juifs allemands, se sont rencontrés à Paris. A présent, en 1951, établis à New York, ils attendent leurs amis, venus célébrer avec eux la parution et le succès des "Origines du totalitarisme".

Hans et Lore Jonas, Robert Gilbert, Mary McCarthy, Sarah : c’est moins une cour qu’un noyau qui se réunit là, trinquant et riant. Avec pour lien la philosophie, l’histoire vécue, la fuite de l’Allemagne nazie, la politique, la poésie. L’amitié comme un tissu qui rend plus douces les arêtes du gouffre. La conscience de sa puissance mais aussi de son incapacité à combler les failles. La pensée surtout, sans relâche questionnée.

S’il fait référence à de grands penseurs, à des concepts complexes, voire à des œuvres ardues, le texte cosigné par Myriam Saduis et Valérie Battaglia les englobe dans une fête des sens aussi bien que du sens, aux accents gais et graves, charnels et parfois oniriques.

Bruxelles, Théâtre Océan Nord, jusqu’au 19 septembre, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h30 env. De 5 à 12 €. Infos & rés. : 02.216.75.55, www.oceannord.org

Les Kaaistudio’s présenteront, les 30 septembre et 1er octobre, le spectacle néerlandais "Hannah en Martin", inspiré de la relation amoureuse secrète entre la philosophe juive Hannah Arendt (Lineke Rijxman) et son professeur le philosophe allemand Martin Heidegger (Willem de Wolf), brièvement actif au sein du parti nazi. Infos : www.kaaitheater.be