Scènes

Chaque été, Pascal Vrebos se repose de son hebdomadaire débat à RTL-TVI sur l'île de Patmos, dans le Dodécanèse. Là, tous les jours de l'été, de l'aube à midi, il écrit, mettant en forme les idées notées au fil des mois qui ont précédé, et accouche d'une pièce de théâtre.

"Thriller métaphysique"

"L'Imposteur", créé par Léonil McCormick et Jean-Marie Pétiniot au Théâtre de la Valette, fait d'ailleurs explicitement allusion à cet "atoll mystique" qui compte plus de chapelles que de jours dans l'année et où, selon la tradition, saint Jean composa son "Apocalypse". Le personnage principal s'appelle Jean et a eu dans la fameuse grotte une révélation susceptible de bouleverser le sort de l'humanité.

Réfugié dans son abri antiatomique, il négocie la divulgation de ce secret explosif avec le "Cartel", le "Consortium" et les médias. Il veut "mille millions de dollars" !

Survient un visiteur, Elias, envoyé par les dirigeants de la planète afin de percer à jour son "imposture". Oui, mais voilà, Jean n'est peut-être pas vraiment un imposteur...

Sur cette trame, Pascal Vrebos a tissé une fable métaphysico-théologique qui reprend la discussion du "Dieu est mort" lancé par Nietzsche.

Idéaliste rêveur blessé par la vie, Jean pense libérer l'humanité des crimes commis au nom de la religion en fournissant la preuve absolue de l'inexistence de Dieu. Jean-Marie Pétiniot s'est fait une dégaine de baba-cool attardé pour défendre ce personnage à la fois candide et retors, à sa manière.

Parano, moins vénal qu'il n'y paraît et finalement naïf, il se débat pendant une petite heure et demie face à l'émissaire des puissants, campé par Léonil McCormick. Froid et manipulateur, ce dernier a lui aussi un secret encombrant et peut-être même une intime conviction. La pièce joue encore sur des thèmes comme la manipulation, l'ambiguïté et le mensonge à soi-même.

Comédiens complices

Complices naguère dans le "Dom Juan" de Molière à Villers-la-Ville ou "Le Souper" de Brisville à la Valette, les deux comédiens font preuve d'une connivence qui sert grandement le propos. La mise en scène de Jean-Claude Idée respecte le ton de comédie allusive adopté par l'auteur. Il eût pu, sans doute, pousser les acteurs plus loin dans leurs retranchements, notamment dans les scènes où l'affrontement devient plus violent.

Mais tel quel, le spectacle s'avère attachant, rendant accessible une thématique on ne peut plus grave et complexe. Surtout, Vrebos conclut sur une note de vraie tolérance humaniste, qui laisse à l'homme sa liberté (de croire ou non), sous couvert du principe d'incertitude.

Ittre, Théâtre de la Valette, jusqu'au 11 novembre. Tél. 067.64.81.11.

© La Libre Belgique 2007