Scènes Stefano Mazzonis annonce une saison 18-19 sans surprise mais néanmoins alléchante.

Never change a winning team ? Fort d’un succès populaire réel et d’un bon taux de remplissage, l’Opéra royal de Wallonie ne cherche pas midi à quatorze heures et annonce un menu constant et sans la moindre surprise. Sept titres du répertoire italien (dont un Rossini en français), une œuvre française et un Mozart (en italien), deux spectacles dirigés par Speranza Scapucci, chef principal attitré et trois mises en scène du patron tout court : la structure de la saison 2018-2019 de la maison liégeoise ressemble à s’y méprendre à celle de la saison actuelle, et en fait à pas mal des précédentes.

L’Italie à l’honneur

A la différence de la saison actuelle qui avait ébloui avec la découverte du "Domino noir", la prochaine ne proposera que des titres qui ne sont pas des raretés, signés de compositeurs connus du grand public : "Il Trovatore" et "Aida" de Verdi, "Tosca" de Puccini, "Le Comte Ory" de Rossini, "I Puritani" de Bellini, "Anna Bolena" de Donizetti et "Il Matrimonio segreto" de Cimarosa, mais encore "Faust" de Gounod et "La Clemenza di Tito" de Mozart.

Les metteurs en scène seront eux aussi majoritairement italiens : outre Mazzonis ("Matrimonio segreto", "Aida" et "Anna Bolena"), on retrouvera deux autres Stefano : Poda pour "Faust" et Vizioli pour "Il Trovatore". Œuvrant dans des styles également traditionnels, les autres seront soit belge (reprise de la "Tosca" de Claire Servais), soit français : Denis Podalydès pour un excellent "Comte Ory" déjà vu à Paris, Vincent Boussard pour "I Puritani", et le duo Roussat-Lubeck pour "La Clemenza di Tito".

Gounod sera confié à Patrick Davin (dont le titre de premier chef invité ne correspond plus qu’à ce monopole annuel sur le répertoire francophone), avec une distribution majoritairement wallonne rééditant la rencontre réussie des "Pêcheurs de perles" : Anne-Catherine Gillet en Marguerite, Marc Laho en Faust et Lionel Lhote en Valentin, auxquels s’ajoutera Ildebrando d’Arcangelo en Méphistophélès. Autre chef belge à l’honneur : Ayrton Desimpelaere, après avoir été assistant de nombre de productions, accédera au pupitre pour "Il Matrimonio segreto".

Outre les solistes précités (dont Lhote qui sera également Amonasro dans "Aida"), on se réjouira d’entendre Violeta Urmana en Azucena du "Trovatore", Jodie Devos en Comtesse Adèle du "Comte Ory", Olga Peretyatko en Bolena, Patrizia Ciofi en Vitellia de "La Clemenza di Tito". Les stars du chant seront aussi en concert : Joyce Di Donato, Léo Nucci ou Sonya Yoncheva, plus un Requiem (de qui ? de Verdi bien sûr !) confié à Scapucci.Nicolas Blanmont

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Opéra flamand: les adieux d’Aviel Cahn

Si la prochaine saison de l’ORW est des plus prévisibles, on ne peut en dire autant de celle qu’annonce l’Opéra flamand. Elle marquera, il est vrai, le départ de l’actuel intendant Aviel Cahn, qui retournera dans sa Suisse natale pour prendre la direction de l’Opéra de Genève, mais c’est moins ce départ annoncé que le style de Cahn qui explique l’originalité et la diversité d’un programme placé sous le thème commun de la fugacité, décrite comme "la fugacité en tant que moteur du changement, d’une fin mais aussi d’un nouveau départ, de ce qui est passé mais aussi de ce qui éclot".

Quelques semaines seulement après celui qui fait actuellement vibrer la Monnaie, la saison flamande s’ouvrira avec un nouveau "Lohengrin" mis en scène par l’Américain David Alden. Wagner sera également à l’affiche en juin 2019 avec un concert d’adieu sous la direction de Dmitri Jurowski, qui fut longtemps le directeur musical de la maison flamande et reviendra plusieurs fois l’an prochain : on y entendra des extraits des opéras de Wagner qui n’ont pas été abordés au cours de ces dix dernières années, ainsi que la Symphonie n° 6 de Tchaïkovski.

Verdi sera également au programme en fin de saison avec un nouveau "Macbeth" confié à Michael Thalheimer, qui avait fait forte impression avec ses lectures sobres et intenses de "La forza del destino" et "Otello". Quant au répertoire français, il sera représenté avec "Les Pêcheurs de perles" de Bizet, confié à une équipe belge : direction musicale du chef David Reiland, et mise en scène d’un collectif théâtral anversois portant le joli nom de FC Bergman.

Fidèles à sa politique de commande, Aviel Cahn proposera au printemps 2019 la création mondiale d’un opéra du compositeur espagnol Hector Parra d’après "Les Bienveillantes", le célèbre roman de Jonathan Littell, dans une mise en scène de Calixto Bieito. Une autre œuvre quasi-contemporaine sera au menu de la saison, dans une coproduction avec les opéras de Bâle et Berlin : "Satyagraha" de Philip Glass dans la mise en scène du chorégraphe maison, Sidi Larbi Cherkaoui. Autre rareté du XXe siècle, "Cardillac" de Paul Hindemith sera proposé dans une nouvelle production mise en scène par le plus international des metteurs en scène flamands : Guy Joosten. Enfin, on se réjouira de pouvoir revoir "La Juive" de Halévy dans la mise en scène de Peter Konwitschny.

L’originalité de la programmation a en revanche son prix : pas de stars, et peu de chanteurs belges dans les distributions.

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