Scènes

L’orthographe est un sujet qui déchaîne les passions. Les journaux son envahis de lettres de lecteurs qui se plaignent d’une faute découverte dans un ensemble de textes équivalent à un roman ! Chaque tentative de simplification de l’orthographe suscite des torrents d’opposition. Cela doit rester un effort et « se mériter ».

« Convivialité » créé mardi au Théâtre National à Bruxelles (on en avait vu un résumé au festival XS) se présente comme une conférence ludique, instructive, interactive menée par deux professeurs reconvertis en acteurs : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron.

Les compères nous expliquent d’abord les bizarreries de l’orthographe. Curieusement, on ne nous a jamais expliqué les raisons de tant de règles et d’exceptions.

La langue française est unique à cet égard. Le seul son « s » peut s’écrire de 12 manières alors qu’en turc par exemple, à chaque son correspond une seule orthographe.

Ils égrènent les subtilités absconses comme les doubles consonnes.. « Alléger » prend deux « l » mais pas « alourdir », « persifler » ne s’écrit pas comme « siffler ». Pourquoi « confiture de groseilles » prend « s » mais pas « gelée de groseille » ?

Les moines copistes

Basé sur les études de linguistes, le spectacle remonte à l’origine de cette orthographe On découvre que l’accord du participe passé est basé sur la plus grande facilité qu’avaient les moines copistes d’accorder avec un complément placé avant plutôt qu’après le verbe.

Des erreurs de transcription ou des snobismes (« faire » plus latin ou grec) sont à la base de difficultés répétées pour des générations d’écoliers.

Les orthographes des autres langues sont régulièrement revues. Pas la langue française où tout est figé depuis 150 ans. Même la tentative de supprimer les « chou, caillou, genou… » fut tuée dans l’œuf.

En fait, explique le duo, l’orthographe n’est pas au service de la langue mais c’est le contraire et elle devient un marqueur social, un signe discriminant. Pourtant Rabelais, Montaigne, Molière, écrivaient avec des fautes. L’orthographe était alors flexible. Longtemps, il y eut entre les deux grands dictionnaires encore 4000 mots avec des orthographes différentes !

Grâce à un vote du public dans la salle, on voit qu’une majorité est prête à « libérer » l’orthographe. Et suivre Stendhal qui disait : « L’orthographe, divinité des sots », et Queneau qui ajoutait : « L’orthographe est plus qu’une mauvaise habitude, c’est une vanité ».

Chaque soir, après ce spectacle aussi drôle qu’instructif, le public peut débattre s’il le souhaite, de ce sujet si « explosif ».

---> « La Convivialité » au Théâtre National, Bruxelles, jusqu’au 15 octobre