Scènes À Bruxelles après Mons, la première mise en scène de Lara Ceulemans succombe à sa propre sophistication.  Critique.

Au Japon, dit-on, quelque 100 000 personnes disparaissent chaque année, volontairement. S’abstraient du quotidien. S’évaporent de leur propre existence. Et le phénomène ne se limite pas à l’archipel.

Révolte intérieure, rupture sociale ou familiale, départ, fuite, déracinement : Lara Ceulemans a embrassé ces sujets pour une création dont elle présentait une étape au Festival de Liège avant de lui donner naissance à Mars (Mons arts de la scène) puis au National.

La jeune metteuse en scène a fait appel au dramaturge Thomas Depryck (collaborateur régulier d’Antoine Laubin, notamment), plume et œil extérieur de "La Beauté du désastre". La matière, nourrie de témoignages réels, de travail scénique et de lectures diverses (David Le Breton, Henri Laborit, Emil Cioran), est portée par cinq acteurs aux tempéraments forts et complémentaires. Adrien (Drumel), figure centrale, pièce manquante, est celui vers qui tout revient. Sa compagne Rita (Belova), son frère Marouan (Iddoub) et son ami David (Scarpuzza) mènent l’enquête après cette soirée d’où il s’est éclipsé avec une fille (Marie-Charlotte Siokos) pour ne plus reparaître. Leur recherche, entre espoirs et désarroi, bifurque vers la colère, le renoncement, l’introspection parfois.

Références multiples

Un grand portail ajouré aux montants mobiles structure le plateau. La scénographie de Renaud Ceulemans (également créateur lumières) et Zoé Ceulemans (qui par ailleurs co-signe les costumes) offre un cadre changeant et riche à "La Beauté du désastre", avec aussi la vidéo de Dimitri Petrovic et Maxime Jennes et la musique live de Gabriel Govea Ramos et Thomas Raa. 


Ample et ambitieux, le spectacle de Lara Ceulemans a le défaut courant des premiers projets : vouloir tout dire, tout intégrer - en empruntant des voies diverses : chanson, citation littéraire, cinéma, hip hop, références et clins d’œil. D’intéressant, intrigant voire passionnant qu’il apparaît au début, soutenu par une dramaturgie rythmée, le sujet peu à peu s’amenuise. Comme s’illustrant lui-même.

Reste la forme, soignée et inventive, dont l’assez remarquable sophistication ne sert plus, au bout du compte, qu’un propos dont elle aurait progressivement aspiré la substance, aboli la complexité. Où l’on passe d’une quête bouillonnante, frémissante, adolescente, à un prêche pesant.

Bruxelles, Théâtre national (salle Jacques Huisman), jusqu’au 13 mai à 20h30. Durée : 1h45. De 10 à 19 €. Infos & rés.: 02.203.53.03, www.theatrenational.be