Scènes Pour ses 75 ans, la Chorale protestante s’offre le Requiem de Verdi.

"La foi transporte les montagnes", l’occasion fut donnée de le vérifier après que les responsables de la Chorale royale protestante de Bruxelles décidèrent de fêter les 75 ans du chœur en montant le colossal Requiem de Verdi. Ainsi, dimanche dernier, rejoints par les Chœurs de Bourges et le Coro Valdese de Torino, ils étaient 100 chanteurs sur le plateau de Bozar, flanqués d’un orchestre symphonique réuni par Thierry Cammaert autour de l’Ensemble Quartz, et de quatre solistes du chant dignes des plus prestigieuses productions. Le tout sous la direction de l’incomparable Daniel Burdet, musicien, médecin, théologien et compositeur, dont c’était aussi le concert d’adieu, après 32 ans à la tête de l’ensemble.

Le charme opéra dès les premières mesures. Obtenir une nuance pianissimo de 100 chanteurs est déjà un tour de force technique, placer cette nuance aux bords du silence touche à la grâce… Première intervention soliste, d’un infini péril : le début du Kyrie, lancé par le ténor Sébastien Romignon-Ercolini avec élégance et ferveur, oratorio oblige, même si l’opéra n’est pas loin. La suite du Kyrie confirmera la beauté et l’homogénéité du quatuor vocal, avant que se déchaînent les assauts du Dies Irae, la grande aventure pouvait commencer.

Quand le cœur y est

Les sonneries du Tuba Mirum - partiellement lancées à cour depuis le 2e balcon - connurent bien quelques flottements, il fallut au chef déployer son énergie à 180 degrés sur le plateau bondé pour dégager une pulsation commune et harmoniser les phrasés; et il fallut parfois à l’auditeur cligner des oreilles pour reconstituer mentalement certains ensembles a cappella batifolant en roue libre, mais tout était beau, juste, captivant. On notera la qualité des vents - spécialité de l’ensemble Quartz - notamment dans le tellurique Dies Irae ou le délicat Agnus Dei, la sûreté des cordes, avec Gudrun Verkampt au premier violon, et les qualités des voix solistes - ductilité et lumière de la soprano Evelyne Bohen, stabilité et chaleur de la mezzo Inez Carsauw, couleurs et puissance de la basse Jérôme Varnier, style et vaillance du ténor Sébastien Romignon-Ercolini.

Après les dernières paroles - terrorisées - de la soprano et du chœur (Verdi s’offre là un dernier coup de théâtre), et le long silence qui suivit, l’ovation de la salle se joignit à celle du chœur sortant soudain des partitions de petits panneaux qui, mis bout à bout, donnaient à lire à tous ce que chacun éprouvait au fond de lui : "Merci pour tout, Daniel !"