Scènes

Le Festival TransAmériques (FTA) comme son contemporain le OFFTA sont sensibles à la question des Premières nations et à ses déclinaisons scéniques d'aujourd'hui.

"Depuis deux ans, chaque terme qu’on utilise est tout le temps le mauvais, pour décrire un homme, une femme, quelqu’un qui revendique une autre identité, pour parler de la diversité culturelle… On n’a jamais le bon mot", avance Martin Faucher, codirecteur général et directeur artistique du FTA, constatant la nécessaire et permanente redéfinition des identités et des territoires.

Dans cette optique figure la question des Premières nations, des peuples autochtones qu’autrefois on appelait "amérindiens". Constitutive de l’histoire canadienne, elle est présente aussi dans le champ artistique. L’organisme officiel Scène contemporaine autochtone était d’ailleurs partenaire tant du FTA que du OFFTA cette année. Les instances de subvention remettent à ce propos des avis, sans les lier à des quotas. La responsabilité de présenter des œuvres d’artistes autochtones revient ainsi aux programmateurs. C’était le cas, dans le OFFTA, du projet "Aalaapi", laboratoire scénique conçu à partir d’un documentaire radiophonique collaboratif québécois-inuit. Et de "The NDN Way" de Brian Solomon, duo dansé en résonance avec un enregistrement du philosophe Ron Evans à propos des traditions médicinales et autres rituels propres au peuple Cri.


Dans le FTA, Lara Kramer présentait d’une part l’exposition performance "Phantom Stills and Vibrations" (en illustration principale ci-dessus), et de l’autre le spectacle "Windigo". La chorégraphe d’origine ojibwée et crie y évoque, avec deux performeurs, la relation des peuples autochtones avec la société coloniale. Hautement métaphorique, la performance renvoie notamment aux pensionnats où étaient envoyés les enfants des Premières Nations, et au silence qui continue de peser sur tout un pan de l’histoire du Canada.

Changer de regard

"Il faut dire que, jusqu’il y a dix ans, pour la vaste majorité de ma génération, de ma classe sociale, la question autochtone n’existait pas. Elle n’a pas été enseignée, je n’ai jamais rien appris là-dessus, sauf à dire qu’il y avait des méchants Iroquois qui ont martyrisé des missionnaires français", souligne Martin Faucher. L’ouverture à ces réalités, notamment à travers le mouvement Vérité & Réconciliation, n’en est que plus impérieuse. Pour la première fois d’ailleurs, la brochure du FTA y fait explicitement référence [lire ci-dessous]. 

"Windigo" de la chorégraphe Lara Kramer, performance métaphorique.
© Frederic Chais

En 2017, le FTA présentait "Jusqu’où te mènera Montréal", clos par un tableau du Vieux Montréal. "J’ai demandé à l’auteure, autochtone, ce qui était le plus beau pour elle. Elle m’a répondu : le fleuve. Elle m’obligeait à regarder le fleuve - qui se trouve à 15 minutes d’ici, à pied ! - d’une façon totalement neuve", raconte Martin Faucher. "Depuis deux ans, on commence les ouvertures du festival par des cérémonies autochtones. Cette année, c’était une grand-mère autochtone qui, pendant la cérémonie, a remercié ‘les trois sœurs’. Non pas Irina, Olga et Macha comme dans la pièce de Tchekhov, mais la courge, le maïs et le soleil."

Ancestrale, cette cosmogonie reste à découvrir pour beaucoup, à travers notamment les arts de la scène, et sans croire que, "au bout de trois rencontres, ok, la culture autochtone, c’est bon, je l’ai catchée".

Ces réalités - comme celles du genre ou plus largement de la diversité -, inscrites dans le monde et la société, nourrissent aussi, forcément, le Festival TransAmériques qui n’a jamais si bien porté son préfixe médian : ce "trans" qui dit l’écoute, l’affût, la perception.


  • "Nous reconnaissons que nous sommes sur un territoire autochtone millénaire, lieu de rencontres et de diplomatie entre les peuples. Ce territoire, jamais cédé, est celui du traité de la grande paix signée en 1701 entre 40 nations de différentes origines, à la fois d’Amérique et d’Europe. Nous remercions la nation Kanien’keha:ka (Mohawk) de son hospitalité sur ce territoire." [La mention intégrée cette année à la brochure du FTA]