Scènes

Le KVS poursuit son ouverture à la diversité de Bruxelles avec « Drarrie in de nacht », les jeunes de la nuit.

 

Le KVS veut être plus que jamais le théâtre de toutes les communautés de la ville. Il veut montrer l’apport original que les communautés d’origine marocaine ou noire de Bruxelles peuvent amener à la culture, y compris théâtrale. L’année dernière « Malcolm X », très musical et provocateur, fut comme une profession foi où ces artistes bruxellois criaient leur présence. La même équipe poursuit ce travail avec « Drarrie in de nacht », basé sur un roman à succès publié il y a quatre ans par le jeune écrivain Fikry El Azzouzi qui adapte ici son texte et joue dans le spectacle à nouveau mis en scène par Junior Mthombeni.

Drarrie est un mot de la rue, d’origine arabe, signifiant « copain, jeune en vadrouille ». Quatre jeunes comme on en croise dans les rues de Bruxelles, trois d’origine marocaine, l’autre d’origine congolaise, se rencontrent dans une wasserette. Tous les quatre ont été rejetés de chez eux et doivent errer la nuit dans la ville.

Au départ, ils sont bravaches, font des pompes, chantent à tue-tête façon hip-hop. Ils clament qu’ils sont exclus, « pas bienvenus » partout où ils vont. Ils pratiquent encore l’humour, se demandant si être flamand est bien « haram » (sacré). Quand ils voient une fille, ils lui demandent si son père est terroriste, « car tu es une vraie bombe » disent-ils.

La pluie, sans cesse

Mais leurs frustrations, leur mal-être, sont immenses et bientôt la pluie tombe et tombera durant les trois-quarts de la pièce, lavant leurs dernières illusions. Ils croisent les fantômes de la nuit: une prostituée, un junkie, un homme armé d’un fusil qui les menace de les renvoyer au Maroc. Leur faconde, leurs gros mots, leur ironie envers l’Islam, cachent de plus en plus mal leur fragilité. En matière de femmes, ils ne connaissent que leurs mères ou, de loin, les prostituées. Au bout de la nuit, ils en arrivent à regretter leur mère, leur chez eux: « Le pardon est sous les pieds de vos mères », « Espère que Dieu nous pardonnera », nous sommes « schizophrènes ».

La musique est réalisée sur scène par un seul homme César Janssens avec les instruments les plus divers dont une série de machines à laver !

Malgré l’énergie folle des acteurs et leurs chansons slamées, et malgré de belles images de projections fantomatiques sur la pluie qui tombe, le spectacle est trop pointilliste, sans vrai fil dramaturgique, pour qu’on s’intéresse au destin de ces jeunes et qu’on ressente l’émotion de cette culture de la rue.


Drarrie in de nacht, KVS, Bruxelles, jusqu’au 9 février