Scènes

Dans « From Molenbeek with love », le danseur et chorégraphie Yassin Mrabtifi danse ses identités.

Ce n’était déjà pas simple pour un fils de l’immigration comme Yassin Mrabtifi de vivre ses identités multiples à Molenbeek, avec la perte d’identité, une certaine colère, le désir d’amour, les mains tendues, les stigmatisations réciproques. Avec les attentats c’est devenu bien pire.

Danseur chez Wim Vandekeybus et chorégraphe, il danse cela dans un solo créé au KVS, « From Molenbeek with love ». Un spectacle, par définition, heurté, bricolé, douloureux et émouvant à la fois, à l’image de son physique large mais capable aussi de toutes les tendresses, même féminines.

Il accueille les spectateurs dans une salle sombre et vide, « son espace mental », sans sièges, où on s’assied comme on peut. Au début, il danse ce qu’on attend selon les clichés d’une danse orientale, comme un derviche, dans une robe longue et blanche. Mais la musique arabe a des détails de requiem et les manches de sa robe sont immensément longues. Il s’y enferme, ligoté par ce passé traditionnel.

Il s’en extrait violemment pour se retrouver au milieu de la salle dans une sorte de ring, ou de cage entourée d’un film de mica rose transparent. Il s’y débat et danse sous des musiques mélangées comme une radio mal réglée entre hip-hop et pop, entre des vêtements dont il ne sait quel prendre. Il y a ajoute l’autodérision, le sourire timide, le désir, volontairement pathétique, d’être apprécié par les autres.


Entouré d’un feu

Subitement, dans la scène la plus forte, il fonce droit devant lui, arrache la feuille de mica qui s’enroule autour de lui comme des flammes, et court au milieu des spectateurs, se contorsionne, s’étouffe dans cette feuille géante et rouge.

Il le disait: « Nous sommes devenus une génération bouc émissaire, nous sommes les rats des rues de Bruxelles. Nous sommes des sacrifiés, enjeu de discussions sociales et économiques enflammées au niveau politique. Mais je ne souhaite pas me focaliser sur ces frustrations. Je désire construire des ponts, mais aussi tendre un miroir, me jeter dans la mêlée et montrer aux gens ce qu’ils ont contribué à créer, comment ils pensent et réagissent. »

Fort de son passé de break-dance mélangé à la danse contemporaine et la poésie pop, il devient alors robot « gentil », confus et fragile, dépouillé de tout, qui finalement s’éclipse avec un sourire forcé. Il a tout dit avec son corps, ses colères rentrées et ses désirs d’aimer. Il a montré que cette génération de Molenbeek pouvait aussi apporter sa singularité à la danse d’aujourd’hui.

From Molenbeek with love, Yassin Mrabtifi, au KVS à Bruxelles, jusqu’au 20 avril.