Scènes

Créé à la Maison de la danse de Lyon, le spectacle de la compagnie Via Katlehong et du chorégraphe Gregory Maqoma fera l'ouverture du festival Pays de danses, à Liège.

Fondée en 1992 et tirant son nom d’un township déshérité où fourmille la rébellion, la Cie Via Katlehong défend la culture pantsula, née dans les ghettos noirs - et la danse de rue contestataire et vigoureuse qui en découle. Accompagnant des populations en difficulté, enfants, adolescents, prisonniers, les douze artistes professionnels de la troupe tournent aussi beaucoup - en France surtout. Sans jamais perdre de vue ce rôle essentiel : "Donner aux jeunes la possibilité et l’occasion d’expérimenter l’art et la culture, ce qui fait baisser la criminalité", souligne Buru Mohlabane, codirecteur de Via Katlehong.

Né à Johannesburg en 1973, fondateur du Vuyani Dance Theater, Gregory Maqoma est passé à la fin des années 90 par Parts, l’école bruxelloise d’Anne Teresa De Keersmaeker, où il côtoya Sidi Larbi Cherkaoui et Akram Khan, entre autres.

Considéré comme l’un des artistes les plus talentueux de sa génération en Afrique du Sud, le chorégraphe (également danseur et pédagogue) a été sollicité par Via Katlehong en vue de mener un projet commun. "Nos univers sont différents, mais nous partageons les mêmes réseaux", glisse Buru. Une manière pour Via K, compagnie fameuse mais sans reconnaissance officielle ni formation académique, de gagner ses lettres de noblesse ? Oui et non. "Nous avons un nom, un style unique. Nous ne voulions pas que Greg change cela, mais qu’il nous apporte son expérience." 

Haro sur la corruption

La rencontre a eu lieu, dans le respect mutuel et avec le souhait commun d’aborder les problèmes qui affectent les Sud-Africains aujourd’hui. "C’est un spectacle important, poursuit Buru. Si nous arrivons à nous faire entendre, cela pourra changer la vie de beaucoup de familles en Afrique du Sud. Car quel avenir ont nos enfants dans l’état actuel des choses ?"


"Le seuil de tolérance de l’Afrique envers la corruption est stupéfiant" : projetée sur scène, cette phrase simple et terrible dit la lutte opiniâtre et quotidienne pour que les promesses soient enfin tenues. "Via Kanana" signifie "terre promise", celle qu’on n’a pas eue… S’il exprime la fin des utopies, le spectacle n’escamote jamais la noirceur des constats, mais les conjugue avec puissance et allégresse, conjurant la peur. Portés par huit danseurs virtuoses, les tableaux s’enchaînent, avec parfois un souffle de naïveté, mais surtout une énergie folle, cathartique, et de jolis moments de poésie visuelle (merveilleuse scène du train !).

Créé en novembre dernier à Lyon, "Via Kanana" a fait vibrer la Maison de la danse. Gageons qu’il soulèvera chez nous le même engouement joyeusement lucide.


  • En ouverture du festival Pays de danses, au Théâtre de Liège, les 26 et 27 janvier, à 20h. "Via Kanana" sera aussi présenté à Charleroi danse le 9 février. 
  • Pays de danses, du 26 janvier au 24 février, à Liège, Hasselt, Maastricht, Eupen, Verviers, Huy, Seraing, Engis. Infos & rés.: 04.342.00.00, www.theatredeliege.be