Scènes

S'éveiller au monde, sous le soleil de Barcelone, et croiser le regard de son double, relève déjà de la magie. La voie était toute tracée pour Louis Javier & Miguel Angel Cordoba qui, dès l'âge de 8 ans, attendaient en cachette deux heures du matin pour voir les émissions du genre à la télévision. Après, ce furent les livres qui se chargèrent de leur instruction et les acrobaties du Cirque Plume ou l'univers fantasque de James Thierrée qui leur donnèrent envie de s'initier au cirque pendant que Philippe Genty leur montrait les vertus de la magie nouvelle qui monte, qui monte...

Les jumeaux ne se quitteront plus, étudieront à l'Esac (Ecole supérieure des arts du cirque de Bruxelles) et brilleront dans leur numéro d'acrobates chétifs de la Familia Rodriguez. En 2009, ils créent la cie "Doble mandoble", la bien nommée, pour un "Mi Otro Yo" ? , "Mon autre est-il moi ?", troublant d'humour et de poésie.

Univers plus clinique cette fois, et pour cause, dans "Full HD", qui vient d'être créé à la Vènerie, entre cirque, théâtre et magie nouvelle pour tordre le cou, et plus encore, au transhumanisme comme à "l'inhumanisme".

Concentré sur son vélo d'appartement, Louis Javier, à moins qu'il ne s'agisse de Miguel Angel pédale ferme. Il s'agit de gagner des points et d'être récompensé pour ce savoir-vivre. Son alter ego, apparaît en sortie de bain, se fait servir un café d'un air hautain et distant, puis scanne son corps pour voir s'il veut améliorer sa sexualité, son intelligence ou sa prothèse. Ce qui se veut sera fait. Petite opération au laser et changement de bras en un tour de mains sous l'oeil médusé du spectateur. Suivront, à un rythme raisonnable, histoire d'éviter la surenchère de tours de magie, quelques autres transformations stupéfiantes - mais où sont donc passées ces jambes ? - ponctuées de "like" ou de reproductions de clones bien utiles pour se débarrasser du petit personnel insatisfaisant au royaume des dominants dominés. En costume ou moulés dans leur combinaison orangée agrémentée d'un gilet et noeud papillon, les artistes assument un cynisme bienvenu et une théâtralité précieuse pour mieux dénoncer, avec un humour efficace, certaines hérésies et laisser la machine se gripper dangereusement ...

A la Vènerie, encore ces 13 et 14 novembre à 20h30, rue Gratès, 3. Infos : 02.672.14.39 ou www.lavenerie.be