Scènes Après deux saisons de rénovation, le Théâtre royal de la Monnaie retrouve sa salle.

C’est évidemment un beau symbole que de rouvrir une salle de théâtre avec une création. Il n’empêche que "Pinocchio" n’aura pas encore permis de faire usage de toutes les potentialités offertes par les transformations profondes subies par la Monnaie au cours des deux années de travaux qui ont provoqué son exil. Les décors d’Eric Soyer sont assez rudimentaires, et on présume donc que les nouveaux ascenseurs de scène ne doivent pas être trop sollicités au cours du spectacle. Peut-être même les spectateurs n’ont-ils pas tellement vu le résultat des travaux en revenant mardi dans la salle ? Les fauteuils ont été remplacés, mais les nouveaux sont quasiment identiques aux anciens. Le grand lustre a été équipé d’ampoules led, mais il trône toujours là, apparemment inchangé. Un peu moins brillant, peut-être ? Quant au nouveau système de ventilation, il n’a pas non plus dû être mis à contribution, les températures n’ayant rien de caniculaire à Bruxelles pour le moment.

Et ceux qui attendaient une rénovation de la façade en seront pour leurs frais : elle est reportée à plus tard. Et, sécurité oblige, on a même enlaidi le péristyle en y installant un couloir spécial pour organiser fouilles et contrôles des sacs à main avant de rentrer dans la salle.

L’essentiel est invisible

Alors, ces deux ans d’errance ? Tout changer pour que rien ne change ? Tout ça pour ça ? Non, quand même. L’essentiel est invisible pour les yeux ! La scène, on s’en rendra peu à peu compte, offre désormais nombre de nouvelles possibilités de changements rapides des décors, et un niveau de sécurité bien supérieur pour le personnel. Et quand le passage sous la rue Léopold aura été creusé (début 2018 espère-t-on, mais on y croira quand on le verra), les dispositifs réalisés dans les ateliers en face pourront être acheminés au sec jusque dans la salle. Et les années d’exil ont aussi permis d’améliorer sensiblement l’isolation des bâtiments : cela permettra d’alléger à l’avenir les factures de consommation, et l’impact environnemental de la Monnaie.

Lohengrin, Pagliacci…

Tout est prêt maintenant pour au moins trente ans (la précédente rénovation datait d’il y a trente ans) et le directeur Peter De Caluwe, confirmé pour un troisième mandat de six ans, peut programmer ses saisons à long terme sans plus se demander où les spectacles se donneront. Dans les mois prochains, il y aura dès fin octobre "Lucio Silla", un Mozart de jeunesse assez rare, en décembre le très beau "Dialogue des carmélites", déjà monté par Olivier Py à Paris puis, début 2018, deux œuvres plus radicales de la deuxième moitié du XXe siècle : "Il prigioniero" de Dallapiccola et "Das Gehege" de Wolfgang Rihm. Suivront au printemps le traditionnel diptyque "Cavalleria rusticana" et "Pagliacci" dans une production venue du Covent Garden de Londres, le retour très attendu de Wagner avec "Lohengrin", également confié à Olivier Py. Puis, en fin de saison, ce sera "Le château de Barbe-Bleue" de Bartok, couplé à son "Mandarin merveilleux". Plus, évidemment, quelques opéras en concerts ("Tancredi" de Rossini avec Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre puis "Léonore" - la version originale du "Fidelio" de Beethoven confié à René Jacobs) ainsi qu’une série de concerts symphoniques ou de musique de chambre, des récitals ou de la danse.