Scènes

Joué le soir, au soleil couchant, en plein air, le rituel/performance de Faustin Linyekula et Moya Michaelétait magique. Les deux danseurs ont joué trois soirs, dans le Kunsten, « Banataba », au musée d’Afrique centrale de Tervuren (joué l’après-midi, sous la canicule, la magie disparaissait).

Au début, deux silhouettes noires de dos, habillées de capes noires, font face aux portes fermées du musée.« C’est le musée interdit », disent-elles. Il l’est au sens propre puisque, en pleine travaux, il ne rouvrira qu’en décembre, mais ll est aussi « interdit » au sens symbolique pour tous les Congolais du Congo qui n’ont pas de musée chez eux et dont leur propre histoire, à travers leurs statuettes et objets rituels largement pillés, se retrouve dans des musées européens ou américains, inaccessibles aux peuples africains.

Au milieu de la cour, sur le gravier, des statuettes emballées de tissus sont empilées.

Faustin et Moya se déplacent vers le parvis de pierre blanche de l’aile nouvelle du musée. Le soleil couchant projette l’image de l’aile ancienne sur les murs de verre. Depuis l’aile neuve, le public assis près des arbres, voit peu à peu émerger une image féérique des anciens bâtiments, la nuit, fenêtres éclairées. La façade vitrée sert même d’écran de projection.

© Bea Borgers

Faustin raconte avec son corps et ses mots, l’expérience vécue au Metropolitan de New York quand invité là pour une performance, il découvrit une statuette de l’ethnie de sa mère, les Lengola. Il se rendit alors avec elle à Banataba, la ville natale de sa mère pour y faire sculpter une statue qu’il pourrait ramener à New York, pour dialoguer avec celle du Met car les statues au Congo parlent, entre autres de ce passé qui a totalement disparu avec la colonisation.

On suit le voyage de Faustin et Moya par vidéo et par la danse millénaire.

Une belle performance, comme un recueillement, qui tombe à pic au moment où le débat s’enfle déjà sur la manière avec laquelle le musée de Tervuren rénovéracontera l’histoire du Congo et du couple forcé Belges-Congolais, en la dépouillant des clichés colonialistes et néocolonialistes qui demeurent.