Scènes Un seul en scène incisif, au texte érudit et cathartique. De et par Geneviève Damas.  Critique.

Comment ne pas y penser ? Avec ce pommier aux pommes trop rouges, cette herbe rase et cette maison coquette en arrière-plan… Le décor de "La solitude du mammouth" évoque d’emblée "Desperate housewives", cette série américaine qui fit le bonheur de tant téléspectateurs. Geneviève Damas, alias Bérénice - voire Bree Van de Kamp, la plus imprévisible du quatuor de Wisteria Lane -, entre en scène, les cheveux relevés en chignon avec un rang de perles pour seul artifice sur son polo et pantalon en toile. Classique en diable… Et le diable, comme la suite le prouvera, sera de la partie.

Epouse et mère attentionnée, Bérénice a abandonné sa carrière pour se consacrer à celle de son mari et à l’éducation de ses enfants. Elle cultive son petit bonheur, se sacrifiant aux autres sans trop de regret. Jusqu’à ce que "son amour" lui annonce l’inéluctable. Le professeur a rencontré quelqu’un. Une étudiante de vingt-deux ans, aux jambes kilométriques et aux seins volumineux. Au moment de l’annonce, la femme trompée pense aux mammouths qui nous ont tout donné et qu’on a laissé mourir à l’ère glaciaire. Elle sauve la face avant de s’effondrer derrière la porte après le départ du mari. Et en attendant la Bérénice nouvelle, animée d’une soif de vengeance, d’une cruauté et d’une imagination sans limites, contrairement à son existence jusqu’ici. Cette infidélité, la voici décidée à la faire payer cash à ce fameux Brice Du Laurier, conférencier passionné par Ambiorix, dont le brio n’a d’égal que l’ego.

A l’image de Médée

Face aux indélicatesses des tourtereaux, "Béré" mordra sur sa chique et tissera sa vengeance à l’image, en d’autres temps, d’une certaine Médée. Sans aller toutefois jusqu’à l’infanticide. Et pendant que certains hommes trembleront, de nombreuses femmes reconnaîtront leur malheur mais surtout leur part d’ombre dans ce seul en scène incisif, corrosif, au texte dense, érudit et cathartique de l’infatigable Geneviève Damas, auteure de "Si tu passes la rivière" (Editions Luce Wilquin, Prix Rossel 2011, ou de "Patricia", Gallimard, 2017), dramaturge ("Molly à vélo" Prix du théâtre/Meilleure auteure 2004), comédienne et en l’occurrence digne interprète d’une création très second degré. D’où les décors et la mise en scène volontairement lisses d’Emmanuel Dekoninck ("Tableau d’une exécution") avec lequel Geneviève Damas a déjà travaillé.

Et si la souffrance reste parfois dans le silence, la violence jouissive passe, elle, aisément la rampe.

Bruxelles, Théâtre des Martyrs (petite salle) jusqu’au 23 décembre. Infos & rés.: 02.223.32.08, www.theatre-martyrs.be