Scènes

« Onbezongen » au KVS, monologue saisissant qui analyse l’étrange soif du pouvoir des hommes politiques.

Dans tous les sondages, on lit à quel point l’estime pour l’homme politique est tombée bas (souvent de manière injuste). Quand on voit la difficulté sans cesse croissante de ce métier, on se demande ce qui pousse tant d’hommes à se lancer encore dans la course aux suffrages. Pourquoi cette soif de pouvoir alors que dans une démocratie le pouvoir personnel est limité et qu’il faut se soumettre à tant de contraintes des électeurs, des médias, des partis et groupes de pression?

Vincent Stuer se passionne pour ce sujet. II fut porte-parole du VLD, de De Gucht, « plume » de José Manuel Barroso. Il a vu les misères et splendeurs de « l’homo politicus ». Il en a tiré un monologue saisissant incarné par l’excellent Valentijn Dhaenens.

Le monologue était, de fait, la forme adéquate. Car si l’homme politique est sans cesse baigné, voire noyé, dans un fol univers social, il est, pour Vincent Stuer, profondément seul face à son ambition.

Incarné par Valentijn Dhaenens, il répète ses discours sous la voix off impérieuse de son conseiller communication. Toujours en route dans des villages d’un ennui profond, il en est réduit à envoyer des selfies/vidéos à sa femme, ses enfants et sa maîtresse.

Il soliloque, s’emporte, dévoré par l’envie de battre son adversaire au parti surnommé « le Gros ». Mais il est enferré dans les paradoxes du politicien: il doit être à la fois un grand acteur devant les caméras et en même temps convaincre d’être « vrai », il doit être très souple mais aussi fiable, incarner le changement mais sans effrayer.

Vincent Stuer a analysé la vie de grands hommes politiques du XXe siècle et a vu chez beaucoup un besoin compulsif de reconnaissance et d’amour, parfois lié à l’absence de père. Et un jour tout dérape. Dans ce monologue, le politicien déconnecté de la réalité par son ambition, son énergie dévorante et sa force de caractère, pris par sa libido, est rattrapé par des images porno qu’il a posté sur Internet. Un scandale sexuel qui le tue, mais le rend brusquement plus humain.

Onbezongen (« méconnu »), au KVS à Bruxelles, jusqu’au 25 octobre et ensuite en tournée, surtitre en français