Scènes De la solitude du champion à la curiosité de l’artiste. Création au Varia. Une c ritique  de Marie Baudet.

Ça commence dans les coulisses. Juste avant l’entrée des candidats sur le plateau de "Questions pour un champion". Stress, pression, suspense au menu. Olivier Liron, qui remporta huit fois le fameux jeu télévisé alors présenté par Julien Lepers, raconte. Au-delà de la prouesse - ou de l’anecdote, selon le point de vue -, son récit non seulement décrit les rouages de l’émission mais développe stratégies des joueurs, comptages, manches, revanches. Débite questions et réponses à un rythme soutenu, imite les concurrents, digresse aussi. Souvent. 

"La botanique est mon péché mignon", confie Olivier Liron.
© Morgane Delfosse

C’est l’histoire d’un jeune homme de 25 ans qui a passé d’innombrables heures, dans sa chambre, à écouter Haendel en révisant. Il connaît la réponse à des dizaines de milliers de questions. C’est sa vie qui se joue devant le buzzer, à chaque étape du jeu. Sa vie, aussi, qui remonte à la surface quand il raconte : l’enfance sous le signe de la différence, le harcèlement scolaire (jusqu’aux pathétiques prospectus officiels de pseudo-prévention), les concours de mathématiques, la passion pour les noms latins des plantes. Et Josefa, sa grand-mère espagnole, sa plus grande fan.

C’est l’histoire d’une solitude : celle du candidat, du champion, du jeune homme dont les étonnantes capacités cognitives ont comme mis le corps en veilleuse et le cœur au repos. C’est l’histoire d’un éveil : le désir, l’amour, l’art. Ces soudaines et violentes vibrations. 

Olivier Liron et Émilie Flamant
© Morgane Delfosse

Avec la complicité de Douglas Grauwels, coauteur du spectacle et qui en signe la sobre mise en scène, d’Émilie Flamant à la dramaturgie et au jeu, du musicien Lawrence Williams et de la chanteuse Pauline Sikirdji, Olivier Liron assume un propos "à 95 % autobiographique". Et qui, dans le bouillonnement fougueux de la première, se révèle aussi amplement poétique. Car la mémoire n’est pas le seul atout phénoménal du champion. Auteur, et désormais acteur, il a trouvé sa voix, choisi sa voie. Et signe un autoportrait drôlement touchant.

  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 5 mai, à 20h. Durée : 55 min. env. De 9 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be
La chanteuse lyrique Pauline Sikirdji et le musicien et compositeur Lawrence Williams.
© Morgane Delfosse