Scènes

Inaugurée cet été, la nouvelle création du cirque québécois Eloize a déjà rencontré le public au Chili, en Turquie, en Allemagne, aux États-Unis et en Belgique. Après cent cinquante dates, “Saloon” est donc déjà bien rodé (lire ci-contre). C’est à notre compatriote Emmanuel Guillaume qu’ont été commandés l’écriture et la mise en scène du onzième spectacle de cette formation née il y a vingt-cinq ans. Celui qui œuvre par ailleurs à La Louvière dans le cadre d’un projet de théâtre-action nous livre les coulisses de cette œuvre mêlant théâtre, comédie musicale et cirque.

Vous aviez rejoint le cirque Eloize lors de la création de "Cirkopolis", le précédent spectacle. Votre travail en leur sein a-t-il évolué depuis?

Je m’émerveille toujours des artistes avec lesquels je travaille: je suis encore novice dans le monde du cirque, j’ai donc le sentiment qu’ils m’en apprennent le langage. J’apprends tous les jours, dans la position du spectateur qui regarde ce qui se passe sur le plateau.

Jusqu’où leur donnez-vous des pistes et des éléments et jusqu’où improvisent-ils?

Il y a d’abord, de ma part, une proposition de fil rouge de l’histoire, qui a émergé de séances de brainstorming avec les créateurs, d’où est sorti le désir de mettre du lasso et de détourner certaines disciplines. Je traduis cela de manière dramaturgique, et puis on continue à avancer ensemble. Eux s’éclairent aussi les uns les autres de manière artisanale, dans des allers-retours incessants: propositions qu’ils s’approprient, que je vois et commente, qu’ils font évoluer. Ce ne sont pas des marionnettes, ils sont impliqués dans la création. Ils savent ce qu’ils racontent et ce qui importe pour moi par rapport à la finalité, c’est-à-dire ce dont on se nourrit et qui ne se voit pas nécessairement.

© Jin Mneymneh

Qu’était-ce, dans ce cas précis?

La représentation d’un monde qui peut partir en vrille. À la fin du spectacle, un homme prend le pouvoir sur les autres: en tant que propriétaire de saloon, il croit qu’il peut être propriétaire d’une femme, et donc entraîner tout le monde dans son envie d’explosion. Notre idée était d’apporter une autre réponse par la culture, l’enseignement... L’implication des artistes va donc au-delà de la technique et de la performance.

L’actualité vous a-t-elle influencé?

J’ai écrit le spectacle au moment des attentats, je me souviens avoir alors traversé Bruxelles qui n’était plus qu’une ville morte. Cet état émotionnel m’a influencé. Pour moi, quand les artistes arrivent sur scène, ce sont aussi des soldats. Il y a du divertissement dans le spectacle, une électricité positive mais également, par projection, une crainte pour le spectateur qui en voit certains réaliser des saltos à dix mètres de haut pour ensuite retomber sur une petite planche de 40 cm: on passe en quelque sorte par la mort pour on ressortir vivant. C’est le genre de choses qui fait du bien, d’autant qu’ici, tout se termine par un chant final partagé avec le public.

Est-ce la même troupe qui est à l’œuvre au fil des représentations?

Oui, tous les onze ont signé un contrat de deux ans, alors que la durée moyenne des spectacles est entre 6 et 10 ans. Le spectacle évolue sans cesse: à Amsterdam, une douzième artiste les rejoindra pour un numéro de contorsion. L’aventure reste humaine, l’esprit demeure celui du cirque traditionnel, même s’il s’exprime dans des théâtres ou des grandes salles.



"Saloon", une résonance universelle

“Saloon”, la nouvelle création du cirque Eloize, explore avidement les mythes du Far West sans jamais tomber dans le cliché. L’Amérique est en train de se développer, un chemin de fer se construit. C’est d’ailleurs les ouvriers qui apparaissent les premiers sur scène. Un Saloon s’anime bientôt. On y danse, on y chante, on se provoque, on flirte, on rivalise de prouesses. Il est question d’amour, d’un monde en devenir, de jalousie, de rapports de force et de pouvoir – rien que de très universel en somme. Les atmosphères s’enchaînent avec beaucoup de justesse, les performances conservant toujours leur part d’humanité. L’humour n’est pas en reste, en la personne de l’inénarrable Mr Loyal. Plus qu’un soutien, la musique est incontournable par son énergie et sa force d’entraînement – trois musiciens et chanteurs, dont on retiendra le joyeux medley de plus de dix minutes. Corde, tapis roulant, cerceau, bascule, jonglerie, marionnette... les fondamentaux participent d’une trame efficace, sans temps mort. Entre cirque et comédie musicale, onze artistes ont livré ce soir-là à Namur 80 minutes de grand spectacle chaleureuses, entraînantes, captivantes.


  • Liège, Forum, le 23 mai. Tél. 04.223.18.18. 
  • Mons, Théâtre royal, le 24 mai. Tél. 065.33.55.80. 
  • Bruxelles, Cirque royal, les 25,26 et 28 mai. Tél. 02.218.20.15