Scènes

L’Histoire du soldat" est un "opéra de chambre" de Stravinsky que, par exemple, Philippe Sireuil monta en 1993 à la Monnaie et au Théâtre de la Place, avec Olivier Gourmet comme narrateur et Alain Eloy en soldat.

Pour le Théâtre de Liège, Jean-Michel d’Hoop en propose une version originale et souvent convaincante, utilisant de grandes marionnettes à taille et visage humains. Un conte moral ciselé comme un bijou ancien et qui fut d’abord créé en Corée.

Ce spectacle est volontairement programmé quand débutent les commémorations du centième anniversaire de la Première Guerre mondiale. L’œuvre a pour origine la rencontre en Suisse, en 1917, de Stravinsky qui avait fui la Russie et de l’écrivain C.F. Ramuz. Ils imaginèrent un conte moral et musical, fait de courts tableaux qu’on pourrait aisément, à peu de frais (c’était la guerre), montrer dans les villages et même sur le front. Mais l’armistice survint avant qu’ils ne puissent placer leurs tréteaux devant les troupes.

C’est l’histoire d’un soldat, marqué par la guerre, qui rentre chez lui et se laisse abuser par le diable, échangeant son cher violon contre un livre prédisant l’avenir et lui permettant de devenir très riche en connaissant à l’avance les cours de Bourse ! Mais à trop chercher les bonheurs, on les rate.

L’ensemble Quartz

Ce thème faustien est réinterprété de manière intéressante par Jean-Michel d’Hoop qui fait jouer le soldat et le diable par le même homme, l’excellent Clément Thirion. Le soldat devient une marionnette ultraréaliste, créée par l’artiste coréen Xooang Choi et manipulée par le "diable". Le soldat et le diable deviennent les deux faces du même homme, son déchirement intérieur, entre un bonheur simple et la volonté dangereuse de cumuler les richesses : "Un bonheur est tout le bonheur, deux, c’est comme s’ils n’existaient pas. Il faut choisir."

Jean-Michel d’Hoop fait de ce conte un questionnement sur l’identité et sur les combats que chacun se livre à lui-même.

Le spectacle est très épuré avec une grande ellipse trouée, placée en oblique sur la scène. Au centre, les sept musiciens de l’ensemble Quartz jouant ce Stravinsky de son époque suisse, encore sauvage, comme une fanfare bancale, avant que le compositeur ne bifurque vers une musique néoclassique. Sur l’ellipse marche le soldat et son double, en un combat entre le bien et le mal, avec le narrateur (Vincent Lécuyer) marquant la progression du récit.

Un bel objet original, mais avec un texte qui paraît parfois daté. Le spectacle, créé en Corée en mai 2012, se donne encore jusqu’à vendredi à Liège avant de tourner à Nivelles et Charleroi.


--> Liège, Théâtre, jusqu’au 10 janvier (04.342.00.00, theatredeliege.be). Nivelles, Waux-Hall, le 15 janvier ( 067.88.22.77, www.centrecultureldenivelles.be). Charleroi, PBA, le 22 janvier (071.31.12.12, www.pba.be).