Scènes Scènes Salvatore Calcagno entremêle désirs, souvenirs et fantasmes dans "Le garçon de la piscine". Création aux Tanneurs.

Le garçon de la piscine est plusieurs. Il est une bande de jeunes aux pieds mouillés de paillettes qui, mi-flirt, mi-temps tué, se partagent bouche à bouche la fumée d’une cigarette. Le garçon de la piscine est sans âge, adolescent pour toujours, gouverné par son désir de plaire, de jouir. Le garçon de la piscine veut qu’on l’aime, aime qu’on le regarde, regarde sans rougir qui le défie. Le garçon de la piscine est éventuellement une fille. Il se fiche des convenances, marche à l’instinct, et parfois un peu quand même au calcul. Le garçon de la piscine fascine ses observateurs parfois jusqu’à la sidération. Le garçon de la piscine partage avec ses pairs un langage fait de verbe et de geste, entre le mystère et l’évidence. Le garçon de la piscine affiche une assurance faite d’élégante brutalité et d’une beauté dont il sait jouer, une beauté prompte aussi à attiser les passions.

Les couleurs, le corps des gens, le silence

Après "La Vecchia Vacca", sa première mise en scène - qui lui valut le Prix de la critique de la meilleure découverte en 2013, et reprise la semaine prochaine -, Salvatore Calcagno fait éclore aux Tanneurs ce nouveau projet où "mêler mes souvenirs, mes désirs, mes fantasmes à un imaginaire qui m’a précédé et nourri", note-t-il. Le jeune metteur en scène né en 1990 à La Louvière, et dont l’enfance se passa entre la Sicile et la Belgique, revendique un théâtre fait d’obsessions "rythmiques et visuelles surtout : les couleurs, le corps des gens, le silence".

"Le garçon de la piscine" est l’illustration de ce souhait. Créant de l’atmosphère, regardant vers l’Italie rêvée de Pasolini ou de Visconti, vers les anges et les démons, vers Brando et Cocteau, vers Fassbinder, le spectacle cite moins qu’il n’évoque ces pistes, et aligne de belles idées - le foot sur la plage, l’impérieux désir de la femme mûre pour la jeune beauté, la fascination plastique et le doute schizophrénique d’une vendeuse de glaces surnaturelle… - sans toujours les mener à leur terme, bien qu’en les étirant parfois.

Les lumières d’Amélie Gehin, la scénographie de Christine Grégoire, les costumes d’Adriana Maria Calzetti, les maquillages d’Edwina Calcagno, le travail musical d’Angelo Guttadauria habillent de peu, mais un peu ciselé avec justesse, cette création empreinte de la tendresse de son auteur, mais aussi d’une sorte de cruauté fougueuse, et qui aligne les tableaux, les images, les impressions comme les garçons sur le ponton.


Bruxelles, les Tanneurs, jusqu’au 13 décembre, à 20h30. Durée : 1h. De 5 à 12 €.

A voir ou à revoir : "La Vecchia Vacca", du 16 au 20 décembre, à 20h30 (le mercredi à 19h).

Infos & rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be