Scènes

Le KVS accentue encore son ouverture à toutes les communautés de Bruxelles, y compris francophone.

Il y a quelques jours, Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National, faisait sensation en ouvrant le Theaterfestival flamand par un discours en néerlandais, prônant la fin des frontières dans le théâtre. Son homologue au KVS, le grand théâtre flamand de Bruxelles, Michael De Cock, réfléchit de la même manière et entend bien d’abord accentuer sa collaboration avec le Théâtre National tout en travaillant aussi avec Mons, Liège ou le Rideau de Bruxelles. A la veille de sa seconde saison au KVS, il nous explique cette volonté d’ouverture avec à ses côtés, symboliquement, l’excellente actrice d’origine française, Jessica Fanhan, associée au KVS (notre encadré).

On est frappé par la présence francophone dans la nouvelle saison: Jaco Van Dormael, autre artiste associé au KVS dont le KVS coproduit le nouveau spectacle « Amor », création au KVS du nouveau spectacle de Sylvie Landuyt « Do you Wanna Play with Me? », création d’un spectacle de Pitcho autour du discours de Lumumba, « Kuzikiliza », création de Christophe Sermet, « Dernier lit » sur un texte d’Hugo Claus, accueil des magnifiques « Lettres à Nour « de Rachid Benzine qui viendra aussi « expliquer le Coran aux Bruxellois » durant 4 soirs, etc. Sans compter les succès d’années précédentes en Flandre, joués cette fois en français.

« Il ne s’agit pas spécialement de s’ouvrir aux francophones mais bien d’embrasser toutes la ville telle qu’elle est et donc y compris bien sûr, les francophones et les Français qui s’y trouvent. Je connais bien et j’aime bien le théâtre francophone que je suis depuis des années. J’ai fait des études de philologie romane, j’écrivais alors des critiques par exemple sur les pièces francophones du National sous Van Kessel et je donne encore quelques cours de théâtre à Mons. Dans la programmation du KVS, on réfléchit en amont à avoir un bon équilibre hommes-femmes et avoir l’ouverture à toutes les communautés et langues de Bruxelles. Et cela nous permet d’attirer des francophones talentueux qui ont quelque chose à nous amener. Le théâtre doit être une rencontre. »

Hugo Claus

Un des fils de la saison est le 10e anniversaire de la mort d’Hugo Claus. « Nous reprenons le grand succès qu’est sa pièce « Het Leven en de werken van Leopold II » et on invite Christophe Sermet qui a une belle ouverture aux auteurs flamands. Après avoir monté Mama Medea de Tom Lanoye, il s’attaque cette fois à un texte formidable d’Hugo Claus. Pour nous, le théâtre doit être inscrit non seulement dans son contexte géographique mais aussi historique. C’est pourquoi en prolongement de la pièce de Claus sur Léopold II, on analyse la colonisation entre autres avec le spectacle de Pitcho. »

Pour Michael De Cock, comme pour Jan Goossens auparavant, l’ADN du KVS est la ville et sa mixité. « On entend dire parfois qu’il y aurait deux démocraties en Belgique. Ce n’est pas le cas à Bruxelles et pas en culture. La culture est au contraire le moyen de créer une communauté même sans avoir de passé commun. Parier sur l’ouverture et la mixité comme on veut le faire encore davantage n’est pas seulement un acte généreux, c’est pour moi, la seule façon d’amener la qualité et un langage partagé. Notre seule tâche est de tenter de faire le meilleur théâtre possible. Malcom X qui fut un triomphe l’an dernier auprès de tous les publics n’aurait pas été possible s’il avait été joué par des Blancs ! »

Bruxelles merveilleuse

« Les attentats furent horribles mais ils ont aussi permis de mettre en route des choses, de susciter une énergie neuve. Au lieu de susciter la peur, il faut essayer le dialogue, oser poser les questions.»

Michael De Cock trouve Bruxelles « vulnérable » à cause de son émiettement organisationnel et politique mais il dit aussi qu’elle est « la ville européenne la plus intense au niveau culturel. Partout, on nous regarde. Pas seulement pour la danse qui transcende les questions linguistiques, mais aussi pour son théâtre. On y voit une vibration, une énergie qui fait rêver ailleurs. »

Saison et rés.: www.kvs.be. La saison comprend aussi Pippo Delbono, Lisbeth Gruwez, Wim Vandekeybus, Peeping Tom, reprise de Mission, et bien d’autres choses.

© Danny Willems

« Juste génial »

Jessica Fanhan, 28 ans, est un espoir du théâtre belge. Née Française, en Guadeloupe, elle déménage tout bébé à Huy, devient belge et sa famille grandit jusqu’à avoir huit enfants.

Sortie de l’Insas, la jeune actrice se fait remarquer dans "Elle(s)" de Sylvie Landuyt pour lequel elle reçut le prix de la critique 2014 du meilleur espoir féminin. Et ce spectacle fut sélectionné en 2015 par les Doms à Avignon. Elle rayonne dans "Malcolm X", le spectacle coup-de-poing au KVS et elle a joué plus de cent fois « Kamyon » la pièce itinérante sur les réfugiés de Michael De Cock. Cette saison, elle jouera "J’accuse" d’Isabelle Jonniaux pour le Rideau et la « suite » de Malcom X au KVS, « Drarrie in de nacht ». Jouant en français elle est pourtant artiste associée au KVS: « C’est juste génial d’être actrice francophone dans un théâtre flamand. Et c’est énorme au plan symbolique. Acteurs flamands, acteurs francophones, on a les mêmes questions, les mêmes doutes. Mais quand on se mélange comme cela, qu’on casse les barrières, on le sentiment merveilleux que tout est possible. »