Scènes Au Parc, le roman de Rudyard Kipling s’entremêle aux souvenirs d’enfance d’un futur homme de théâtre. Tendre comédie musicale. Critique.

Il en a fait une marque de fabrique : Thierry Debroux n’a de cesse de réunir les générations au Parc. C’est d’autant plus vrai ici que le directeur du lieu - et par ailleurs acteur, auteur, metteur en scène - fait s’entrecroiser dans "Le Livre de la jungle" les figures phares de l’œuvre de Kipling (1894-1895) et un pan de sa propre histoire. Celle d’un bambin de six ans auquel une énergique institutrice de 3e maternelle confia le rôle de Baloo dans un spectacle joué devant 300 parents. Une vocation naquit là, d’un geste improvisé et des rires qu’il entraîna. 

Madame Christine est donc le fil rouge de l’adaptation que propose Thierry Debroux du roman initiatique dont Disney fit un tube. Et le spectacle entier lui rend hommage, jusqu’au final, aussi émouvant qu’entraînant. 

Le narrateur (Gaëtan Wenders) et Madame Christine (Anne-Marie Cappeliez).
© Zvonock

Une vie, des rencontres

Une institutrice, un mentor, une louve maternelle, un serpent sournois et farceur, un ours bonhomme et taquin : toute vie se construit des rencontres qui la jalonnent. Entre bienveillance et obstacles, entre doutes et convictions, entre chagrins et allégresse. Mowgli, l’emblématique petit d’homme recueilli par une meute de loups, se présente sur scène culotté de rouge et le cheveu rebelle, dans un clin d’œil (l’un des rares) au célébrissime dessin animé qui a popularisé "Le Livre de la jungle".

C’est bien une comédie musicale que mettent en scène Daphné D’Heur (qui campe aussi Bagheera et Messua) et Thierry Debroux, et dont Philippe Tasquin (Kaa cocasse et décalé) signe les compositions. Elégante, efficace, la musique évite toute trop grande proximité avec les airs connus, contribuant ainsi à détacher l’ensemble de la référence Disney pour gagner sa propre identité, tant sonore que visuelle.

Baloo (Emmanuel Dell'erba) et Mowgli (Issaïah Fiszman, l'un des trois enfants qui interprètent le "petit d'homme").
© Zvonock

Or en matière d’images, le Parc sait rassembler les talents. Scénographie (Catherine Cosme), vidéos (Allan Beurms) et lumières (Philippe Catalano) sculptent un écrin poétique et changeant pour les aventures qui s’y jouent, habilement costumées (Chandra Vellut) et masquées (Geneviève Périat). Outre les dix acteurs-chanteurs de la distribution (épinglons les vautours de Didier Colfs et Antoine Guillaume, Emmanuel Dell’erba en Baloo, le Shere Khan de Pierre Bodson, le narrateur Gaëtan Wenders ou encore Anne-Marie Cappeliez en touchante Madame Christine), 3x3 enfants se relaient dans le chœur des louveteaux et des singes. Quant à Mowgli, il est alternativement interprété par Andrei Costa, Dario Delbushaye ou Issaïah Fiszman. 

Le grand rassemblement des singes.
© Zvonock

Une touche d’enchantement, de grandes rasades d’humour et beaucoup de tendresse concourent à faire de ce "Livre de la jungle" un joli rendez-vous transgénérationnel.

  • Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu’au 19 mai, à 20h15 (dimanche à 15h). Durée : 2h env., entracte compris. De 5,5 à 27 €. Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be