Scènes Le metteur en scène flamand monte la version originale de "Boris Godounov".

Chef-d’œuvre lyrique de Modeste Moussorgski, "Boris Godounov" évoque immédiatement grandes scènes chorales, ors et fastes du Kremlin et costumes historiques. Dans la nouvelle production de l’Opéra Bastille, on en est loin : c’est plutôt l’austérité qui règne, ce qui ne signifie pas pour autant que le spectacle ne soit pas digne d’intérêt.

Godounov 1869

La première raison en est le choix, pour cette nouvelle production, de la version originale de l’opéra, tel que composé en 1869 : une version encore relativement courte (deux heures dix de musique, données ici sans entracte), centrée sur les remords de Boris Godounov, le boyard devenu tsar après avoir tué Dimitri, l’héritier du tsar Fiodor. Avec la direction musicale superbe, mais plutôt analytique, de Vladimir Jurowski, et avec les dimensions de la salle de l’Opéra-Bastille qui sont telles que même les grandes masses chorales ne donnent jamais l’impression de remplir tout l’espace sonore, le spectateur reste plus admiratif que profondément bouleversé.

Deuxième motif de cette austérité : la mise en scène d’Ivo van Hove, visant beaucoup plus l’épure que certaines de ses réalisations lyriques précédentes qui se perdaient parfois dans l’anecdotique (son Ring à l’Opéra flamand notamment). Comme à chaque fois, van Hove actualise l’action à l’époque actuelle, sans aller jusqu’à faire de Boris le sosie de Vladimir Poutine mais en faisant apparaître de façon récurrente le tsarévitch assassiné.

Chaises et écran

Simple et beau, le décor unique décevra lui aussi les amateurs de reconstitutions historiques : hormis quelques chaises, l’immense scène de la Bastille est quasiment vide, mais percée d’un grand escalier en diagonale qui permet des mouvements tant depuis le dessous la scène que vers l’arrière. Toute la paroi du fond est occupée par un immense écran sur lequel apparaissent paysages, gros plans ou images de contextualisation qui se reflètent sur deux très grands miroirs à cour et jardin.

Belle distribution avec notamment Ildar Abdrazakov, peut-être encore un peu jeune mais prometteur dans le rôle-titre, et nombre de chanteurs de l’ex-Union soviétique : Vasily Efimov en Innocent, Evgeny Nikitin en Varlaam, Dmitry Golovnin en Otrepiev, Ain Anger en Pimène ou Maxim Paster en Chouïski. La version de 1869 ne laisse pas beaucoup de place aux rôles féminins mais Ruzan Mantashyan se révèle une très belle Xenia, la fille de Boris.

Paris, Opéra Bastille, jusqu’au 12 juillet; disponible en streaming sur Culturebox.