Scènes Thierry Debroux adapte le roman de Dickens. Un moment de rêve, d’enfance et de magie au Parc. Critique

Nombreux sont ceux qui, à l’image du M. Scrooge, ne rêvent que d’une chose le soir du réveillon : se glisser sous la couette avec un bouillon de poule. Mais ce désir de repli n’est pas toujours motivé par les mêmes raisons que celles du personnage de Charles Dickens dont la solitude choisie se nourrit d’une solide avarice.

Aigri, amer, bougon, le vieux financier - incarné avec juste retenue par Guy Pion qui illustre parfaitement cette figure emblématique de l’œuvre de Dickens - exploite son employé qui travaille douze heures par jour dans ce parfait bureau de comptable, aux murs couverts de tiroirs de bois à l’image des offices d’alors. Une époque qui nous renvoie à la fin du XIXe siècle dans une Angleterre à deux vitesses, pas si différente de la nôtre, comme le soulignent ironiquement les questions posées en ouverture de spectacle par un clochard venu passer la nuit dehors.

Tradition et fidélité

Commence alors le "Noël de M. Scrooge" ("A Christmas Carol", 1843), conte d’hiver fantomatique, dans toute sa splendeur, sa tradition, sa fidélité, livré, en prime, en collaboration avec le Théâtre de l’Eveil, dans un écrin de velours et de dorures, un Théâtre royal du Parc dont le cadre sied à merveille au climat du récit. D’autant que, dans l’adaptation de Thierry Debroux, Patrice Mincke assume une mise en scène classique, respectueuse de l’époque tant dans les costumes que dans d’impressionnants décors (Ronald Beurms) qui évoluent au fil des scènes et offrent tantôt la reconstitution en 3D et en perspective d’une rue de Londres, tantôt l’intérieur rustre de personnes modestes ou celui cossu d’une famille de classe moyenne qui sabre le champagne au pied du sapin. Sans oublier quelques effets spectaculaires tels l’envol du traîneau du Père Noël ! De quoi fasciner les petits et grands enfants d’un public très familial, heureux de partager cette fable intemporelle et philosophique pour retrouver son âme d’antan, se laisser aller au rêve et à l’émerveillement, se réjouissant que la neige, la dinde, le sapin, les guirlandes et tout le faste imaginé pour oublier la longue nuit de l’hiver soient au rendez-vous. Sans malgré tout perdre de vue certaines réalités. 

Claude Semal, Guy Pion et Fabian Finkels, dans les décors de Ronald Beurms, sur la scène du Parc.
© Zvonock

Un petit regard sur une boule à neige magique et nous voici plongés dans l’atmosphère de cette ère victorienne où la bourgeoisie sortait en habit, bottillons et haut-de-forme pendant que, dans l’indifférence, mouraient de faim les mendiants. Pourra-t-on fermer les yeux plus longtemps ? Charles Dickens, qui s’adressait d’abord aux adultes, invite à remonter le temps aux côtés de ce fameux M. Scrooge interprété en ces jeunes années par Fabian Finkels doué d’une aisance naturelle, guidé en ce retour sur le passé par l’esprit de Noël, Claude Semal lui-même. 

De quoi parfaire une distribution à laquelle participent en outre plusieurs enfants à l’irrésistible candeur. Ce voyage changera le regard de M. Scrooge sur son histoire, ses choix, son entourage, les erreurs commises au fil de sa vie, se trompant de priorité à chaque tournant. Des erreurs qu’éviteront peut-être ceux qui auront lu Dickens ou vu "Le Noël de M. Scrooge".

  • Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu’au 22 décembre et le 31. Durée : 2h15, entracte compris. Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be