Scènes Le collectif Hold Up évoque, en une fable pertinente et cocasse, la vie en société. Aux Riches-Claires. Critique.

Il faut du talent, de la fraîcheur et de la vivacité pour faire du vivre-ensemble - devenu tarte à la crème des discours de toute obédience politique, voire communautariste - le sujet d’un spectacle qui soutienne l’attention d’un public d’adultes comme de lycéens et même de plus jeunes enfants, dès six ans.

Le sujet et non le prétexte, c’est toute la nuance, que cisèlent en une grosse heure six des membres du collectif Hold Up, tous récemment issus de l’IAD : les six nouveaux habitants de petits - tout petits - appartements voisins. Si petits qu’ils évoquent tant la cellule monastique que les hôtels à alvéoles des mégapoles.

Aire de jeux

La structure globale du "Paradoxe du tas" (scénographie de Rachel Lesteven, décors de Tristan Grandamy), avec ses six entités distinctes, constitue une efficace aire de jeux où les personnages vont circuler entre le secret du chez-soi et l’espace commun, jusqu’au rêve peut-être.

Les voisins dans leurs espaces contigus.
© Bartolomeo La Punzina

En attendant, chacun des nouveaux voisins apparaît à son tour, personnalise son univers, révèle peu à peu ses caractéristiques, ses failles, ses manies, ses envies. 

Il y a là la jeune femme androgyne sur le qui-vive (Anaïs Grandamy); la vamp en mal d’amour qui photographie tout ce qui bouge (Léa Le Fell); le grand type un peu coincé avide de se muscler mais qui peine à ouvrir son bocal de complément alimentaire énergisant (Paul Mosseray); la wonderwoman qui s’applique à rester zen mais planque du soda caféiné dans son thermos d’infusion ayurvédique (Aline Piron); l’originale qui s’éblouit d’un rien mais a peur de tout (Esther Sfez); et la dernière venue, l’élément perturbateur et révélateur qui, par sa candeur et son intelligence du cœur, désarçonne tous les autres (Lucie Flamant). 

La dernière venue (Lucie Flamant) qui, sensible et ouverte, cache elle aussi ses failles.
© Bartolomeo La Punzina

Ambiguïtés et dichotomies

Dans cette typologie proche de la caricature, les jeunes comédiens injectent de la nuance, et surtout du corps, de l’objet, de la présence, composant une fable efficace et ludique. Une exploration cocasse et pertinente de la vie en société, de ses ambiguïtés, ses paradoxes, ses dichotomies : individu/groupe, intimité/espace public, failles privées/image sociale.

Le collectif Hold Up, en somme, nous invite en voyage, à travers l’espace-temps que permet de modeler et moduler le théâtre. Au cœur du paradoxe de son titre, là où la réflexion rejoint l’action.


  • Bruxelles, les Riches-Claires (salle Viala), jusqu’au 25 novembre, à 20 h 30 (mercredi à 19 h; rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation). Durée : 1h10. De 8 à 16 €. Infos & rés. : 02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be