Le quotidien austère d’un vieil homme d’Eglise

Camille Perotti Publié le - Mis à jour le

Scènes

Alors que le Théâtre de la Valette fête ses vingt ans cette année, Léonil McCormick reprend "Le Bon Dernier" de Pierre Guyaut-Genon, quinze années après sa création. Et quel endroit plus adapté au déroulement de ces scènes de campagne que ce village du Brabant wallon ?

Près de Beauraing, un vieux curé de village tente d’honorer au mieux sa fonction entre baptêmes, enterrements et mariages. Dans son salon de presbytère, entouré d’images pieuses et à l’ombre d’un immense crucifix, Baudoin Jadoul se sent fatigué; c’est à peine si les longues promenades avec son chien, Vagabond, lui arrachent un sourire. Ne restent que le petit plaisir de la mie de pain mouillée au café et les barres chocolatées.

Un petit air pittoresque

Léonil McCormick se fond avec brio dans la peau de ce curé dont la volonté s’est envolée. Peignant la vie austère et monotone de cet homme, le comédien parvient même à imiter la langue pittoresque du terroir.

La pièce au petit air de campagne constituée de courtes scènes à l’éclairage discret pourrait s’avérer pleine de charme et pourtant, on s’attriste de voir cet homme d’Eglise sans prise sur son environnement, dépassé, malgré l’importance du rôle social qu’il pourrait jouer. Quand il se perd dans les bois en jouant avec les jeunes scouts ou se débat avec le four de sa cuisine en voulant réchauffer un plat préparé par une bonne âme, il n’inspire que la compassion et le désir de réveiller sa conscience lorsque les villageois se moquent de l’"Arabe" et du "communiste" sans qu’il ne s’en émeuve.

À l’opposé d’une démarche prospective et empathique envers son prochain, ce Baudouin Jadoul semble subir les demandes de ses ouailles et ne sait répondre aux interrogations des plus jeunes. Le clergé contemporain ressemble-t-il à cet homme d’Eglise ?

Non, sans doute, car au-delà de l’interprétation sans faille de Léonil McCormick, on ressent que le dramaturge, Pierre Guyaut-Genon, a souhaité célébrer un autre temps par un personnage attachant mais auquel on ne s’identifie pas; un curé en voie de disparition.

Tendresse et solitude

Au final, c’est le portrait d’un homme solitaire au sein de sa paroisse qui est mis en scène, avec sobriété, par Xavier Letroye. Un homme attaché plus que tout à son chien, n’ayant jamais quitté son village et s’émouvant de la blancheur de la neige, lui qui est toujours vêtu de sa soutane noire.

Un portrait tendre mais quelque peu sinistre d’un homme d’Eglise au quotidien rythmé par les tintements de la cloche.

Camille Perotti

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