Le réalisateur des "Barons" propose "Guantanamouk", au théâtre

G.Dt Publié le - Mis à jour le

Scènes

Nabil Ben Yadir a connu un succès mérité pour "Les barons". Le réalisateur bruxellois d’origine marocaine prépare un second film et, en attendant, s’est lancé dans le théâtre avec "Guantanamouk", joué en français, au KVS, à Bruxelles. Une comédie très politique, dont la fantaisie se mêle aux réflexions sur la place des Arabes, l’intégration, le spectre américain. Le charme du spectacle tient beaucoup à ses acteurs : Mourade Zeguendi, qui incarnait Mounir dans "Les barons", Zouzou Ben Chikha, grand acteur flamand d’origine marocaine, et Dr Das, le fondateur pakistanais du groupe Asia Dub Foundation, qui campe le garde américain du camp tout en jouant de la basse.

Comment évoquer Guantanamo sans enfoncer des portes ouvertes et sans clamer les bons sentiments antiaméricains qui font l’unanimité facile ? Guantanamouk ose en parler à la manière d’une farce. Deux Arabes sont emprisonnés dans cette base à côté de Cuba. On les voit sur le sable, en maillot orange, comme au Club Med. Mourade est un berger afghan amoureux de la culture mainstream américaine et emprisonné par erreur. Zouzou est un bon Belge qui a eu le tort de s’amuser à créer des "doubles" sur Internet portant les noms de Ben Laden et Mollah Omar. Il déteste les Américains. Leurs débats, sous l’œil du garde américain, permettent des trouvailles comme cette scène très réussie de l’acharnement contre une chaise, coupable de tout. Accusations aussi ridicules que celles parfois lancées contre les pseudo-terroristes. Ou la scène de Mourade demandant au gardien une séance de "waterboarding" comme s’il s’agissait d’une attraction du Club.

Sous des dehors de comédie, c’est de choses très sérieuses dont on parle comme le montre l’intermède d’un film - très réel - avec un ex-prisonnier de Guantanamo. La troisième partie de cette courte soirée vient alors, heureusement, mettre tout en abyme, de manière originale et ludique. Les trois acteurs sont assis devant le public et jouent leur propre rôle, s’interrogeant sur ce qu’ils viennent de faire. Est-ce ça le théâtre ? Peut-on monter un tel spectacle sans grande enquête et rencontre avec les protagonistes ? "Il ne faut pas avoir croisé Shakespeare en vrai pour le jouer", répond-on. Un spectacle sympathique qui se cherche parfois entre humour et sérieux, avec des acteurs d’une rare gouaille.

G.Dt

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