Le Royal restauré, l’Opéra rentre chez lui

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Scènes

Après deux ans de travaux - mais trois de fermeture - le Théâtre royal de Liège rouvre ses portes cette semaine. L’Opéra royal de Wallonie quitte donc son chapiteau du Palais Opéra et revient dans ses murs. Avec joie, bien sûr, mais non sans un brin d’émotion confirme Stefano Mazzonis, le directeur italien de la maison liégeoise : "Nous nous sommes trouvés très bien au Palais Opéra, et nous y avons connu quelques moments magiques. L’endroit était convivial, et le public l’a beaucoup aimé : parce que même les moins bonnes places gardaient une bonne visibilité, parce qu’il avait un côté très démocratique ou parce que c’était le seul théâtre au monde dont le foyer pouvait accueillir l’ensemble de la salle ! D’ailleurs, après une petite baisse la première saison, le nombre de spectateurs a augmenté chaque année ensuite. Mais le Palais Opéra avait aussi des contraintes techniques désagréables : pas de vraie fosse, pas de cintres, ce qui limitait nos possibilités pour nos propres spectacles, et nous empêchait de louer des productions venues d’ailleurs. Nous sommes donc vraiment heureux de rentrer chez nous !"

Au-delà de la restauration proprement dite, le Théâtre royal a fait l’objet d’une modernisation technique importante qui ouvre un champ nouveau de possibilités : "Nous disposerons à présent de deux plateaux scéniques complets, permettant des changements de décors rapides, d’un gril surélevé à 23 mètres ainsi que d’une machinerie programmable électroniquement. Nos équipes techniques sont ravies, même si elles reconnaissent ne pas maîtriser encore à cent pour cent toutes les potentialités de ces installations ! Au plan artistique, cela ne changera pas le répertoire que nous jouerons, mais cela aura une influence sur les productions : possibilité de louer des productions extérieures - solution forcément plus économique - ou de reprendre nos propres productions sans les reconstruire comme nous devions le faire au Palais Opéra."

La question financière pointe le bout de son nez. Le patron de l’ORW se dit assuré que le climat social est apaisé dans sa maison - on se souvient qu’une grève avait, en juin, causé l’annulation de la première de "Manon" - mais reconnaît que des nuages existent toujours sur l’avenir financier de la maison. L’ambiance étant à la fête, il préfère toutefois laisser le sujet de côté et se concentrer sur l’artistique, et notamment sur son second quinquennat de directeur qu’il entame avec ce retour dans ses meubles. Le nouveau mandat sera-t-il différent du premier ? "Pas fondamentalement. Je suis toujours à la recherche de choses rares que je puisse mêler, dans mes saisons, à des ouvrages plus classiques. Cela apparaît assez clairement dans cette saison qui s’ouvre avec le "Stradella" de Franck et se conclura avec le "Guillaume Tell" de Grétry. Pour le reste, je m’efforce toujours d’attirer à Liège des vedettes qui n’y venaient pas précédemment, et si possible qui y reviennent volontiers malgré des cachets forcément inférieurs à ceux qu’elles perçoivent ailleurs. On retrouvera, par exemple, cette saison pour "Cavalleria rusticana" et "Pagliacci" José Cura qui était venu pour "Samson et Dalila", et on entendra pour la première fois Deborah Voigt, qui sera déjà de retour la saison prochaine."

Quand on lui demande s’il y a des choses qu’il regrette dans son premier mandat, l’ancien patron du Comunale de Bologne répond : "Mes seuls regrets sont ces ouvrages où le public n’a pas suivi comme je l’avais espéré. Les opérettes notamment : la fréquentation de "La fille de Madame Angot" a déçu nos attentes, ainsi que - dans une moindre mesure - celle du "Pays du sourire". Je sais désormais que je dois être prudent avec l’opérette : manifestement, elle n’attire pas les jeunes, qui y préfèrent des opéras bouffes de Rossini ou Donizetti." La présence des jeunes, justement, reste un des éléments de fierté de Mazzonis. Ils sont 30 % maintenant dans le public de l’ORW, essentiellement des moins de 26 ans même si une tranche transitoire d’abonnements à prix réduits a été ouverte pour les 26 à 32 ans.

Comme lors du premier quinquennat, l’essentiel du répertoire des saisons prochaines devrait vraisemblablement rester à dominante italienne et française. Mazzonis fait jouer le critère de subsidiarité pour le répertoire russe ( "L’Opéra flamand en fait déjà beaucoup, et il faut vraiment des chanteurs russes pour le faire. Mais je suis néanmoins tenté par "Moscou, Cheryomushki" de Chostakovitch" ) et entrouvre la porte pour le monde germanique : il annonce une rareté comme quasiment acquise ("Les joyeuses commères de Windsor" d’Otto Nicolaï) et une autre comme un rêve qu’il ne désespère pas de réaliser ("Rienzi" de Wagner). Il faut dire que son directeur musical, Paolo Arrivabeni, a pris goût à Wagner et ne cache pas son intérêt pour remettre le couvert après "Le vaisseau fantôme". Mazzonis caresse aussi le projet d’un "Wozzeck", mais pas n’importe lequel : "On monte de beaux "Wozzeck" un peu partout : donc, si j’en produis un, il devra être exceptionnel. Et pour cela, je devrais avoir Matthias Goerne pour le rôle-titre." L’Italien à l’inépuisable carnet d’adresses y parviendra-t-il ? Réponse d’ici à 2017.

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