Le Soleil retrouve de l’éclat

Laurence Bertels Publié le - Mis à jour le

Scènes

Cette fois, c’est à Grand-Bigard que le Cirque du Soleil a planté son légendaire chapiteau blanc, en plein cœur du Kart Expo. Il fallait bien un tel terrain pour accueillir chaque soir les 2700 spectateurs du cirque nord-américain, fondé en 1984 par Guy Laliberté. Ceux, en tout cas, qui ont fait le déplacement ne le regretteront sans doute pas.

Avec "Corteo", comme "cortège" en italien, le Cirque du Soleil, immense machine à rêves, retrouve en effet son éclat d’antan. Même si la multinationale québécoise continue à téléguider le spectateur et à canaliser ses émotions à coups de musique omniprésente sans laisser place à l’imagination. Nous sommes, ne l’oublions pas, dans le monde du show-business avec ses inconvénients mais aussi ses avantages. Parmi ceux-ci, la qualité incontestable des artistes, triés sur le volet. Les amateurs de cirque peuvent donc être rassurés : les performances réalisées sous leurs yeux ébahis, au tournik, à la planche sautoir ou au trampoline, le sont bel et bien par la crème de la crème du cirque contemporain. Côté technique, rien à redire non plus. La maîtrise est impressionnante et les risques remarquablement assumés. Sans doute faut-il déployer une fameuse batterie de moyens et une sérieuse dose de savoir-faire pour proposer un tel spectacle qui se passe, la plupart du temps, entre ciel et terre. Il s’agit, ici, du rêve du clown qui assiste à ses funérailles et cherche à voler avec les anges. Ceux-ci montent et descendent régulièrement des cintres pour rappeler que nous sommes en cet entre-deux, à l’instar de la piste rectangulaire placée au milieu des spectateurs. Une nouvelle disposition scénique qui rend au Cirque du Soleil un peu d’humanité pendant que les artistes se placent, en toute humilité, au cœur de l’arène.

Créé en 2005 à Montréal, "Corteo", qui vient pour la première fois à Bruxelles et y restera tout le mois de janvier, renoue avec la tradition plus théâtrale du Cirque du Soleil, à une époque - les années 90 - où le metteur en scène belge Franco Dragone lui avait donné une inoubliable couleur, surtout dans la trilogie qui, de "Saltimbanco" à "Quidam", passait par "Alegria". Aussi baroque que celui-ci, "Corteo" éclaire la piste à l’aide de magnifiques lustres - appelés à se transformer en agrès - la caresse de ses plumes d’anges - un peu kitsch, il est vrai - la dote d’un minuscule théâtre et l’enrobe d’une chaleur qui adoucit l’hiver.

Couché sur son lit de mort, un clown assiste à ses funérailles et ce scénario permet au metteur en scène suisse, Daniele Finzi Pasca, d’imaginer un cortège chatoyant, proche de la parade liée à l’histoire du cirque. On renoue également avec une autre tradition, disparue depuis longtemps, celle d’inviter les nains à participer au spectacle et leur présence est d’autant plus appréciée qu’on sait qu’actuellement, il s’agit de vrais choix pour ces artistes. La fin de la première partie séduit d’ailleurs particulièrement grâce à l’envol en ballon de Valentina, femme au corps d’enfant qui se déplace avec légèreté au-dessus du public. Un beau moment, le plus beau sans doute, aéré, lent et silencieux.

Plus acrobatique et moins théâtrale, la suite du Cortège, permettra, quant à elle, d’apprécier à leur juste valeur la qualité des artistes; à commencer par un numéro de trapèze de très haut vol sans pour autant être ostentatoire, un plus assurément. Ensuite, on admirera sans retenue l’acrobate qui, à la roue Cyr - un classique du nouveau cirque - fait preuve de maturité, puissance et endurance. Les numéros de sangles aériennes ou de planche sautoir seront également époustouflants et permettront au grand show de s’achever tambour battant; de quoi laisser chacun repartir très content.

Laurence Bertels

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