Le sourire de Cupidon

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Scènes

Stefano Mazzonis l’avait annoncé d’emblée : la comédie musicale faisait partie des attraits de la maison. Dont acte ! Après un galop d’entraînement du côté des opéras italiens, le maître des lieux signe la mise en scène d’une opérette de légende, "Le Pays du sourire" de Franz Lehár. Selon la tradition établie à Liège, l’œuvre (originalement en allemand) est donnée en français, avec happy end, dans l’adaptation d’André Mauprey et Jean Marietti créée à Gand en 1932.

Qui dit "revue" - et c’est sur ce mode que Mazzonis a imaginé sa mise en scène - dit grand escalier, décors chatoyants, robes à froufrous, coiffures à plumes et rangées de danseurs. L’actuelle production répond généreusement à ces critères, avec, en bonus, la grâce et le sourire (malicieux) d’un personnage ajouté : Cupidon, maître de cérémonie et arbitre des cœurs (Valentine Jongen).

On se souvient que l’action est balancée entre la haute société parisienne - où Lisa de Lichenfels et le prince Sou Chong s’avouent leur amour - et le palais du prince Sou Chong, à Pékin, où la jeune femme se heurte bientôt aux règles d’un monde borné et machiste dont elle choisira de s’échapper. On passera sur le message simpliste du livret (accentué encore par le happy end) pour retenir l’efficacité d’une musique aux airs charmeurs et à l’orchestration délicate, placée ici sous la direction du chef slovène Marko Letonja, familier du répertoire lyrique.

Les décors - troquant habilement les ferronneries françaises avec les éventails chinois (évoquant des lames de scie circulaire, aïe ) - et où les branches de cerisier ont le pompon, sont signés par Valérie Urbain; les costumes, somptueux, façon "Le Dernier Empereur" et résolument repoussés vers le XIXe siècle, sont de Frédéric Pineau ; et la Française Laurence Fanon signe des chorégraphies associant la sobriété (les 9 danseuses et 2 danseurs sont en collants noirs) et la virtuosité.

La distribution laisse une impression mitigée : si le ténor belge Marc Laho (Sou Chong) est épatant sur le plan vocal, son personnage manque singulièrement de feu alors que la soprano française Sophie Marin-Degor (Lisa), qui affiche un bel abattage scénique, déçoit par une voix dure et des aigus tendus. Plaisir sans mélange, par contre, devant l’aisance de Priscilla Laplace (Mi) et de Philippe Ermelier (Gustave), couple bis déclenchant irrésistiblement la sympathie, le baryton Jacques Calatayd assurant pour sa part un Tchang honorable mais trop léger (vocalement).

Tout est donc à peu près réuni pour faire de ce "Pays du sourire" un haut moment festif. Il y manque pourtant un élément essentiel : le rythme. Lacune encore accentuée par l’absence de direction d’acteurs (les passages parlés sont des pensums). Durant les airs, Mazzonis a voulu remplacer la psychologie (mince, en effet) des personnages par des représentations chorégraphiques; très bien, mais alors, il faut que ça roule, et ici ça traîne. La direction de Marko Leontja - déjà compromise par l’étalement en largeur de l’orchestre - a sa part de responsabilité, à la fois dans les airs, pris à des tempos très modérés, avec primauté accordé à la mélodie, et dans les enchaînements. Les chorégraphies elles-mêmes sont trop minces pour remplir l’espace laissé vide par les personnages (lesquels, au mieux, sont "manipulés" par la régie, au pire, restent plantés comme des bûches). Même les lumières de Franco Marri manquent leur but : malgré certains beaux effets de contre-champ, elles manquent de focus et de relief et contribuent au manque général de dynamique.

Les troupes ont quelques jours pour se reposer; il n’est pas dit qu’après Noël, elles n’aient pas envie de resserrer le tempo et de s’éclater pour de bon

Martine D. Mergeay

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