"Le Théâtre National doit préparer la relève"

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Scènes

Plutôt que de détailler la riche saison 2012-2013 (d’autant plus riche qu’elle sera en partie couplée au Festival de Liège organisé aussi par Colinet), Jean-Louis Colinet, directeur du Théâtre National, nous a expliqué sa philosophie pour son théâtre, le plus important et le mieux doté de la Communauté. Il la résume en une phrase : "Il est important que le TN soit un lieu vivant, actuel, accessible à des publics très larges, et soit aussi un terrain d’aventures pour les artistes de la Communauté française." "C’est un concept qui marche, ajoute-t-il. On est très loin d’être un ministère du Théâtre proposant des choses institutionnelles ou figées. Le public qui rajeunit beaucoup l’a bien compris. Les abonnements pour la saison prochaine sont, à cette date, deux fois plus nombreux que l’an dernier."

Colinet refuse d’être pris par une obligation de "répertoire", l’aspect "musée du théâtre" ne l’intéresse pas. Si les jeunes viennent au TN, c’est aussi parce qu’il programme de jeunes artistes de leur génération comme Fabrice Murgia (deux créations l’an prochain, l’une sur la "Route 66" aux États-Unis avec Viviane de Muynck, formidable actrice flamande et l’autre, sur les témoins de Jéhovah dont ses grands-parents faisaient partie). Le TN programme des jeunes comme Anne Cécile Vandalem, Florence Minder, David Murgia (le frère de l’autre) qui joue dans un spectacle d’Ascanio Celestini, Armel Roussel, ou encore, le formidable Raoul Collectif dont on aura le plaisir de revoir "Le signal du promeneur", notre coup de cœur au TN cette saison.

À côté d’eux, on reverra des figures bien connues comme Joël Pommerat qui redonnera son si beau Cendrillon et créera un nouveau spectacle, et Michèle Noiret avec une création. "Un des enjeux essentiels pour un théâtre comme le nôtre est de préparer la relève. Et je travaille à ce que ces jeunes puissent se montrer à l’international. Ces jeunes metteurs en scène comme Fabrice Murgia ou le Raoul Collectif sont présents dans les Balkans, en Suède, en Italie, en Allemagne, en Amérique latine. Il me paraît essentiel de faire connaître ailleurs nos artistes. Le Raoul Collectif a reçu un prix à l’Odéon et jouera ‘Le signal du promeneur’en juillet durant un mois, à la Manufacture à Avignon, comme ce fut le cas avec le ‘Chagrin des ogres’. Je suis fier que le TN soit dans le peloton de tête européen de la décentralisation."

Colinet explique que cela nécessite des outils de production adaptés. "Nous jouons 350 représentations hors du siège par an. C’est énorme, dont 250 productions propres (Cendrillon et la Chagrin des ogres surtout) et 100 coproductions."

Tout ça, dans un contexte budgétaire difficile. Toutes les subventions aux théâtres sont gelées jusqu’en 2014. Pas d’indexation, et pourtant les frais de personnel ne cessent d’augmenter avec l’indexation des salaires et les biennales contractuelles. Colinet commente aussi le projet de la ministre Laanan de mettre tout à plat pour 2014 dans le monde du théâtre et de juger, entre autres, sur base des audiences : "Un pouvoir public ne peut à la fois demander à une structure artistique d’être un outil de développement de nouveaux créateurs et la juger sur l’audience. Je cherche à la fois à atteindre un large public, mais aussi à aider les artistes qui innovent et cherchent. Être à la fois un instrument pour assurer la relève et être jugé sur l’audience est contradictoire; parfois des jeunes ont un grand succès (comme le Raoul Collectif) mais cela ne peut pas être une règle générale."

Colinet de souligner encore trois points : le TN inaugure un programme "théâtre en famille" avec des spectacles formidables qui peuvent être vus par petits et grands comme "Cendrillon", "Kiss and cry", "Dégage, petit", "Le bureau des histoires" et "Bistouri". Allez-y sans crainte. Le programme européen dans lequel se trouve le TN permettra d’autre part d’accueillir la nouvelle création de Lars Noren et le nouveau Pommerat. Enfin, la collaboration avec la Flandre reste de mise avec Tom Lanoye qui jouera son émouvant texte "La langue de ma mère", et Raven Ruël et Jos Verbist qui reviennent après le succès de "Baal".

Infos : www.theatrenational.be

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