Scènes

Contrairement aux températures passées d’un extrême à l’autre à Huy, les Rencontres théâtre jeune public ont affiché cette année une certaine tiédeur. Surtout comparé au cru 2016, pour sa part, il est vrai, exceptionnel.

Malgré plusieurs créations de belle qualité et quelques coups de cœur, il n’est pas un spectacle dont on soit sorti complètement bouleversé, secoué ou enthousiasmé au point, par exemple, d’encourager les passants, amis, voisins à filer le voir, toutes affaires cessantes. Ce qu’ils n’auraient d’ailleurs pu faire étant donné qu’il faudra attendre, au mieux, l’automne, au pire l’an prochain, pour découvrir les créations présentées à Huy - un marché pour programmateurs plus qu’un festival - appelées à tourner ensuite dans les salles de théâtre, de centres culturels ou d’école.

Vivier de créativité

Malgré ce bémol relatif aux Rencontres 2017, et quelques déceptions de la part de compagnies comme la Colline ou les Zygomars qui ont connu des jours meilleurs, le théâtre jeune public reste un vivier de créativité où les formes les plus diverses se côtoient. D’une étonnante simplicité dans "Les Fabuleux" des Royales marionnettes, interventions poétiques en classe à coups de pupitres, de loups, vaches ou moutons en plastique pour une autre lecture des fables de La Fontaine à une joyeuse débauche de bricolages, néons ou vidéos dans la première création du Kubik Group, "De ceci on en parle seulement avec les lapins". En passant par les marionnettes évoluant dans un décor imposant ou dans un "Bon débarras", sous un escalier amovible, scénographie sobre et judicieuse.

Le théâtre d’objet déploie lui aussi tous ses possibles et surtout son âme tandis qu’ailleurs, une table se transforme en toit, un échafaudage en appartement, un carton en building. Et l’inventivité pour les tout-petits n’est pas en reste. Le peu de moyens du jeune public oblige les méninges à phosphorer. De là à dire qu’il faut encourager la disette, il est un pas que nous ne franchissons pas. Le théâtre pour l’enfance et la jeunesse reste un enjeu de société. Plus nécessaire que jamais. Comme semble le rappeler la thématique dominante cette année : la guerre.

Celle des buissons, par exemple. Maîtrisée de bout en bout, par le Théâtre des 4 Mains, cette histoire captivera les jeunes spectateurs. Fascinés par un décor multiple, à plusieurs niveaux et tout en camouflage, ils vibreront avec les marionnettes de tailles différentes et traverseront en tremblant la frontière aux côtés de la petite Toda, aussi vivante qu’attachante.

Autobiographique

La guerre encore à travers le récit autobiographique de la petite "Josette" racontée avec poigne et tendresse par Martine Godard de la Compagnie Arts couleurs. Du théâtre d’objets, ici, des personnages de papier qui évoluent sur une table légèrement inclinée, des pierres qui deviennent église ou maison de village, un univers onirique teinté de réalisme, à la Jaco Van Dormael, un ancien du jeune public.

Guerre toujours, plus sournoise lorsqu’elle évoque les tueries ou attentats, dans "Les cœurs atomiques" du Zététique, dans "La Soup’alapatate" de l’Agora ou dans "Axe", une création déjantée de et par Thierry Hellin et Agnès Limbos, deux comédiens dont le talent explose doublement ici, qui met en scène deux ploutocrates décadents, façon époux Ceaucescu, accrochés à leurs privilèges à coups de thé et de "Darling" tandis qu’au loin tonnent les bombes. De combat, il fut encore question dans "Frisko Crème glacée", une "Teen-ager tragedy" glaçante par la compagnie Iceberg, nouvelle venue à Huy. Une gifle qui aborde la question du viol, écrite et mise en scène par Alexis Julémont qui vise le label d’utilité publique pour tourner dans toutes les écoles.

"Le Petit Chaperon rouge" revisité

Le viol qu’on retrouve au cœur du conte des contes, "Le Petit Chaperon rouge" revisité avec tant d’intelligence dans "Echapperons-nous ?" par le Théâtre de Galafronie, qui signe ici sa dernière création en livrant les rênes de la mise en scène à la jeune et talentueuse Fanny Lacrosse. D’après un texte de Jean Debefve et Christine Horman, "Echapperons-nous ?" Imagine une autre fin à la tragédie forestière. Et universelle. De quoi sortir par la grande porte.

Lire aussi notre dossier dans "La Libre Culture" du 6 septembre.

"Josette" par la Compagnie Arts couleurs se jouera dimanche 27 au festival théâtre au vert.