Scènes

Agnès Troly, la programmatrice d’Olivier Py, nouveau directeur du Festival d’Avignon et Paul Rondin de la direction du Festival, sont venus lundi à Bruxelles évoquer le nouvel axe Bruxelles-Avignon que le Festival veut créer. Un axe qui passe par le Théâtre national et le projet "Villes en Scènes" qui réunit dorénavant le National et Avignon à d’autres grandes scènes européennes. Quatre spectacles de ce programme seront cet été au festival "In" et deux sont plus spécialement belges.

D’abord, un spectacle brésilien mais à fort accent belge. "Dire ce qu’on ne pense pas dans des langues qu’on ne parle pas", sera créé le 27 mai à Bruxelles, à la Bourse, et ira ensuite cet été à Avignon. Il y sera joué à nouveau dans un lieu alternatif, l’"Hôtel des Monnaies".

Un spectacle qui s’inscrit dans deux lignes de force de la programmation avignonnaise : inviter des artistes encore jamais venus à Avignon et privilégier les artistes du Sud. Le Brésilien Antonio Araùjo est un des grands metteurs en scène au Brésil. Il s’est associé pour ce spectacle à l’écrivain Bernardo Carvalho tout aussi connu au pays du football.

Leur spectacle est inspiré par Bruxelles et ils s’y sont plongés avec leurs acteurs. Ils envahiront la Bourse dans un spectacle itinérant où les spectateurs se déplaceront dans ces lieux impressionnants, abandonnés par la finance.

Belgo-brésilien

L’histoire est celle d’un homme âgé qui fut torturé sous la dictature, exilé à Bruxelles, retourné au Brésil, devenu aphasique. Sa fille, invitée à Bruxelles pour y donner une conférence, amène son père dans l’espoir qu’un choc lui redonne la parole.

"J’ai choisi la Bourse, explique Araùjo, car c’est un lieu lié à la crise, à l’argent. Cela permet de sortir des théâtres et de se plonger dans la ville. La Bourse est aussi un lieu de rencontres et de rendez-vous pour les manifestations."

Les spectateurs sont d’abord rassemblés sur le parvis comme à l’aéroport. A l’intérieur, ils assistent à un attentat contre un SDF, à une manifestation devant une ambassade, sont face à un responsable de l’immigration, etc. Araùjo pose ses questions au départ de Bruxelles : "Comment la politique a-t-elle peu à peu été gagnée par les discours sécuritaires et identitaires ? Comment les valeurs et repères se sont-ils aussi rapidement effondrés ?" Un théâtre du réel mais traversé par la poésie et une douce étrangeté.

Les deux rôles principaux, de Brésiliens, sont joués par d’excellents acteurs belges : le père, par Didier De Neck et la fille, par Claire Bodson qui fut étincelante dans "Mamma Medea". Ils joueront aussi à Avignon dans cette production fort belge (5 comédiens belges, musique et son, belges) mais avec aussi un acteur français et 2 Brésiliens.

Michel Serres

Un second spectacle d’Avignon et qui sera au National en octobre est "La peur de n’être", la nouvelle création de Fabrice Murgia. Il souligne le caractère singulier de ce spectacle, sa première création depuis septembre 2012. Après avoir créé cinq spectacles en trois ans, il a pris du temps pendant deux ans pour cette création. Ce temps de gestation lui a semblé nécessaire pour que ce spectacle soit comme la fin d’un cycle consacré aux nouvelles formes de solitude, à nos nouvelles façons de communiquer ou de mal communiquer. "Je n’ai plus 25 ans comme au ‘Chagrin des ogres’, mon enfant a grandi, Internet a changé." Il continuera certes à parler des formes de solitude du monde technologique mais de manière plus "optimiste, même drôle". Un grand philosophe l’a aidé : Michel Serres et son livre à succès "Petite Poucette", cette héroïne que Serres a inventé pour symboliser l’enfant nouveau, né avec une machine sous les doigts, qui pianote avec son pouce. Michel Serres, réaliste sur les risques du monde, voit cependant dans l’émergence des "Poucettes", dans les nouvelles technologies, un motif d’espérer dans le futur. Sur scène, "six formes de solitude vont s’enchevêtrer".

Mons 2015

Dans cet axe Nord-Sud privilégié par Avignon qui veut devenir "la porte culturelle vers le Sud", il y a aussi l’accord avec Mons 2015. "deux villes semblables, avec des mêmes problèmes". Et le know-how de Mons en nouvelles technologies intéresse Avignon. Le festival a demandé à Mons de créer une "Fabrica numérique", La Fabrica est le nouveau lieu de répétition et de création du Festival implanté en plein quartier "difficile". Grâce au numérique et avec l’aide de Mons, Avignon veut ouvrir son festival davantage aux voisins de la Fabrica et à la créativité des habitants.


Infos : www.theatrenational.be