Scènes

L'artiste a réalisé une enquête sonore en collaboration avec Amnesty international et le Forensic Architecture. Pour dénoncer les conditions de détention. Conférence-performance au Kunsten. Récit.


Un spectacle, une expérience, une découverte... Le Kunsten grouille de ce type de propositions. Y aller par curiosité, pour se frotter à d'autres cultures, d'autres visions. Et humer l'heure d'été comme l'air du temps au Bozar d'où résonnent également, et enfin, les premiers accords de violoncelle.

De musique, de son, d'expérience auditive, il fut également question lundi soir au studio du Palais des Beaux-Arts où le public du Kunsten, toujours aussi motivé, assista avec intérêt à "Bird Watching", la performance-conférence de Lawrence Abu Hamdan qui montre, entre autres, comment l'envol de l'oiseau avertit le prisonnier de l'arrivée du maton.

Né en 1985, actuellement en résidence à New York, plus précisément, au Vera List Center for Art and Politics à la New School, l' artiste et "oreille intime" se passionne pour le son, ses modulations et ses résonances. D'où ses études réalisées à la prison de Saydnaya, à 25 kilomètres au nord de Damas pour témoigner des violations toujours d'actualité.

Un bruit élevé de pas de gardien de prison est-il plus violent qu'un bruit sourd? Le silence est-il plus oppressant que le bruit? Peut-on confondre une porte qui claque et une gamelle de nourriture jetée au sol dans les couloirs du centre de détention. En posant ces questions, l'artiste distille aussi des bruits de plus en plus silencieux pour finir par une conversation feutrée dans un hôtel d’Istanbul.

Des prisonniers aux yeux bandés

Aiguisée en raison de l'obscurité dans laquelle on les maintient en leur bandant les yeux, l'audition des prisonniers tend à distinguer tous les sons environnants tels ceux, bien entendu d'un riot gun. A travers de nouvelles et très spécifiques techniques d'interview créées par Abu Hamdam, les témoins auriculaires reconstruisent l'architecture de la prison et leur vécu. Des récits édifiants !

Debout sur la scène, à la gauche de l'écran sur lequel sont projetés ses documents vidéo, casque audio sur les oreilles, à l'instar de tous les spectateurs, lunettes sur le nez, Lawrence Abu Hamdan pianote sur son ordinateur et commente au micro les images et les conclusions d'une enquête acoustique réalisée en collaboration avec Amnesty International et le Forensic Architecture. L'objectif était clairement d'évaluer les conditions d'incarcération des détenus. De l'art politique, sociologique et instructif.