Les chemins buissonniers de Maky dans "Hymne à l’imperfection"

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

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Scènes Actif dans les musiques urbaines, le rappeur relate son parcours entre parole écrite et impro, entre slam et stand-up. Critique

Sur le plateau du Petit Varia, une table en formica, des chaises de cuisine, et l’imposant matériel électromusical de Fabrice Blin, dit Fabot, designer sonore. À l’arrière-plan, une forêt suspendue de bafles. La scénographie de Patricia Saive, aussi simple qu’efficace, conjugue sans esbroufe, mais non sans surprise, les thématiques d’"Hymne à l’imperfection".


En son centre : les mots. Ceux dont Mathieu D’Angelo a fait la matière de son art - le rap et les musiques urbaines - sous le nom de Maky. Ceux dont on lui reprochait, enfant, d’user sans mesure. Des mots ennemis devenus armes. C’est ce qu’il va raconter : comment s’imprime la différence dans la chair et l’esprit d’un gamin vite étiqueté "hyperkinétique", mis sous médication, orienté vers l’enseignement spécialisé.

Mais d’abord, "moi ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est vous", lance le jeune homme au public, partenaire de jeu. La lumière se fera régulièrement sur le gradin où, en bon improvisateur, Maky va à la pêche aux mots - mais aussi aux regards. Un sujet, là aussi, dès lors qu’on évoque la différence.

"Depuis que je suis tout petit,
on m’a toujours dit de la fermer.
Aujourd’hui je suis là pour l’ouvrir,
vous n’imaginez pas à quel point."
 

L’ouvrir pour raconter encore : le scotch sur la bouche et la camisole chimique, le retard programmé, institutionnalisé, pour celui qui voudrait tant rejoindre ses contemporains. Le chaos d’un parcours scolaire dans lequel il s’obstine, une tempête qu’il traverse en dépit de tout, dont il sort enfin. Et puis les voies tentées : toi qui aimes tant parler, tu seras conseiller commercial, mon fils...

Maky au micro, pour dire le parcours de Mathieu - avec la complicité musicale de Fabot designer sonore.
© Jean Pierre Pijls

Inégal, parfois intense, souvent touchant

Du slam sensible, dont les maladresses sont constitutives voire constituent l’âme même, et qui structurent souplement les interventions de Fabot, on passe là - après la scolarité - à une phase plus proche du stand-up, où le performeur se fait caricaturiste, et moins convaincant.

Reste un spectacle certes inégal, parfois intense, et un personnage infiniment touchant, qui le dédie "à tous ceux qui ne tiennent pas en place, à celui qui devra toujours faire ses preuves, à tous les imparfaits anonymes".


  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 2 décembre, à 20h. Durée : 1h10. De 7 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be
Marie Baudet