Scènes

Une performance inédite, spectaculaire et colossale attendait le public de Bozar Music, scolaire vendredi après-midi (1 300 bambins sidérés), grand public samedi soir (avec encore de nombreux enfants, ralliés par toute la communauté espagnole de Bruxelles). En cause, le (très) bref opéra de Manuel de Falla "El Retablo de Maese Pedro", épisode pittoresque de l’immémorial "Don Quichotte" de Cervantes, présenté dans le cadre de la présidence espagnole de l’Union européenne, en coproduction avec la Monnaie (v. LLC 3/2) et une série de théâtres et opéras ibériques.

Tout, dans cette production, semble vouloir compenser la brièveté de l’œuvre : budget, nombre de partenaires, originalité foncière du concept, gigantisme et complexité. En gros, le théâtre de marionnettes initial sera toujours bien là mais les membres du public (dans la pièce) prendront la taille de marionnettes géantes (la tête de Don Quichotte a la hauteur d’un homme), aux visages totalement articulés (yeux, paupières, bouche ) par une dizaine de manipulateurs virtuoses, tandis que trois chanteurs, figurant Don Pedro (Mikeldi Atxalandabaso, ténor), le narrateur (Olatz Saítua, soprano) et Don Quichotte (Enrique Lanz, baryton), leur prêteront voix. On assistera donc à une double mise en abyme, avec l’orchestre de la Monnaie en avant-plan, de quoi saturer le plateau de la salle Henry Le Bœuf. Mais aussi le regard et l’écoute : entre le chant, les surtitres, les petites marionnettes (esthétique médiévale très inspirée) et les grandes (d’un réalisme baroque tout aussi prégnant), on était sollicité de partout. Et même avec le brillant concerto pour clavecin (Guy Penson) et cinq instruments en ouverture (et galop d’entraînement), l’opéra prit fin avant qu’on n’en ait entièrement saisi le mode d’emploi. Restent l’écho d’une musique extraordinaire, mouvante, sensuelle, polystylistique, dirigée avec feu par Josep Vicent (co-auteur du spectacle avec Enrique Lanz), et la nostalgie d’une immersion trop courte dans un monde onirique et puissant.