Scènes

Mauro Paccagnella et Alessandro Bernardeschi créent avec Lisa Gunstone “El Pueblo unido jamás será vencido”. Un trio pour questionner la singularité, le groupe,
la différence. Création aux Tanneurs eu 24 au 28 avril. Avant-propos.

Italiens d’origine et Bruxellois d’adoption, reliés par la danse (ils ont tous deux été interprètes, entre autres, pour Caterina Sagna), ils sont artistes polymorphes, quinquagénaires, vieux amis. Un lien qui leur a fait concevoir “Happy Hour”, merveilleux duo où la danse, comme discipline, comme pratique, comme sujet, se mêlait de souvenirs et de fiction au fil d’un récit plein de nœuds, de questions, d’autodérision. Un opus peuplé de corps mûrs, de paroles fortes, d’une légèreté virtuose et joyeuse qui n’essaie jamais d’oblitérer les doutes.

Alessandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella avaient habilement articulé leur duo autour de l’empathie, de la diversité des regards, de “la monstration d’une fragilité authentique – la nôtre”.

C’est de là, exactement, qu’ils repartent pour cette nouvelle pièce : “de notre capacité à nous raconter, à nous (re)présenter au travers des histoires qui nous constituent”. En s’associant cette fois à une troisième partenaire – l’Anglaise Lisa Gunstone, elle aussi membre du collectif Wooshing Machine. “La présence nouvelle de Lisa permet un changement de dynamique, il existe un juste milieu entre nous trois. Elle n’est pas tout à fait dans le même registre, elle a à la fois une présence très forte et en même temps plus pure, plus cristalline, moins chargée d’intentions que nous deux. Ce qui créé un bel équilibre entre les trois corps, les trois présences”, explique Mauro.


Avec son titre emprunté à un morceau sud-américain exhortant le peuple à s’unir dans la lutte pour un monde plus égalitaire, “El Pueblo unido jamás será vencido” se penche sur les délaissés de l’Histoire, sur ce qu’elle fait des êtres humains. Plus qu’une tentative de comprendre l’Histoire, Alessandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella proposent “une tentative de sentir ce qu’il reste maintenant du désir, de l’élan unitaire qui était contenu dans cette époque-là. Ça devient un questionnement sur notre capacité actuelle à l’unité.”

Mouvement, prises de parole, chansons, témoignages, souvenirs personnels et mémoire collective articulent le propos scénique, à travers lequel ses créateurs visent une poétique chorégraphique autant que théâtrale, où sont questionnées, alors que déferle la vague populiste, les réverbérations actuelles des élans révolutionnaires de naguère.

Alessandro Bernardeschi, Lisa Gunstone, Mauro Paccagnella et leurs perruques - accessoire bien aimé du collectif Wooshing Machine -, en répétition.
© Wooshing Machine

  • Bruxelles, Tanneurs, du 24 au 28 avril, à 20h30 (mercredi à 19h). Infos & rés.: 02.512.17.84, www.lestanneurs.be