"Les petits humains": Sois parent et débrouille-toi

Critique: Marie-Anne Georges Publié le - Mis à jour le

Scènes

Au Théâtre de la Vie à Bruxelles, la Compagnie Gazon-Nève propose "Les petits humains", une pièce sur la difficulté d’élever des enfants. Sur le plateau, quatre parents, membres d’un groupe de paroles. Une comédie bien sentie qui devrait parler à tout un chacun.

Alors que les spectateurs commencent à prendre place, une femme récite, sur la scène du Théâtre de la Vie, une litanie à coups de "il faut" et "il ne faut pas". "Il ne faut pas dormir avec son enfant", "il faut allaiter" ; "il ne faut pas donner de tétine", "il faut laisser pleurer son enfant", ... Que l'on soit parent ou non, on a tous, un jour ou l'autre, entendu ce genre d'injonctions. "Les petits humains", le dernier spectacle de La compagnie Gazon-Nève, à qui l'on doit déjà une trilogie autour de la figure maternelle, se penche, cette fois, sur l'éducation des enfants.

Sur le plateau, Jacques (Thibaut Nève), papa récemment séparé, qui vient de lancer un groupe de paroles, accueille Maria, Bruno et Claude (les formidables Laurence Warin, Sébastien Fayard et Céline Peret) dans une pièce austère : quatre chaises, une desserte à café et une sorte d'immense tringle en métal figurant la porte d'entrée - ingénieux et tout simple artifice de la mise en scène, qui changera de place à chaque scène.

Profils types, pas archétypes

C'est la première séance, chacun se présente. Si l'on a affaire à des profils types, ce ne sont pas pour autant des archétypes. Qui ne s'est jamais senti désarmé face à la réaction de sa progéniture ? Qui n'a jamais eu envie de lui en "coller une" ?

C'est sur le ton de la comédie que Jessica Gazon et Thibaut Nève ont décidé d'embrasser leur sujet, ce qui permet aussi de relativiser le propos. Les participants avouent leur désarroi face à de doctes conseils, lus ou entendus. "Il ne faut pas frapper son enfant", "Il ne faut pas le punir", oui mais "comment lui mettre des limites"... ?

D'une façon ou d'une autre, les protagonistes sont tous au bord de la crise de nerfs – mais dans un premier temps, c'est surtout Jacques et Claude qui font part de leur lassitude. Maria donne l'impression que tout roule, avant, qu'en fin de spectacle, tout s'écroule. Quant à Bruno, son détachement n'est peut-être pas aussi désinvolte qu'il pourrait le laisser percevoir.

Quand la parole se libère

Petit à petit, la parole se libère, chaque participant étant amené à confier ses petits ou grands tracas. Et quand le public rit, ce n'est pas tant que la situation soit outrancière, c'est plutôt qu'elle est tout ce qu'il y a de plus universel– de déjà vu, entendu, vécu.

L'arrivée d'une thérapeute (Morena Prats), convoquée par le groupe et travaillant sur le psychodrame analytique, achemine la pièce sur un autre terrain. Contrastant avec les thérapies analytiques strictement verbales, le psychodrame analytique place chacun des intervenants dans un rôle qui n'est, a priori, pas le sien. Des improvisations qui permettraient de porter un autre regard sur ce que l'on vit. De relativiser. De déculpabiliser. Une priorité, ici.

Entre les deux, la scène aura été plongée dans le noir. Et les spectateurs d'entendre des extraits de "La belle et la bête" de Cocteau où il est question de "liberté, de désir, qui foutent la trouille". Tout le contraire du conseil surprotecteur si souvent formulé aux enfants : "N'aie pas peur, il ne t'arrivera rien". Une pièce qui ouvre des portes.

Critique: Marie-Anne Georges

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