Scènes

Michael Delaunoy, 38 ans, a détaillé mardi soir, ses options comme nouveau directeur artistique au Rideau de Bruxelles (lire "La Libre" de mardi). Il entrera en fonction en octobre pour préparer la saison 2008-2009, celle de 2007-2008 étant assumée par l'ancien directeur artistique, Jules-Henri Marchant. Le mandat de 5 ans de Delaunoy prendra alors formellement cours à partir de septembre 2008. Face à la presse et aux représentants du conseil d'administration, Michael Delaunoy fut très clair, avec une vision à la fois humble et ambitieuse pour le théâtre bruxellois. "Si l'héritage artistique du Rideau m'impressionne, dit-il, il ne m'intimide pas. Ce théâtre est en pleine santé financière et artistique, ce n'est pas désagréable de mettre ses pieds dans ces chaussures-là". Il assume l'héritage de Claude Etienne, directeur tout puissant pendant 50 ans, puis de Jules-Henri Marchant. "Pas de tabula rasa , mais bien des accents nouveaux, un métissage".

Michael Delaunoy explique qu'il restera fidèle aux lignes de force du Rideau, et cela d'autant plus facilement, dit-il, que ce sont les siennes : "mettre à l'avant-plan, les écritures contemporaines, volonté d'affirmer une culture d'ici sans que cela signifie un repli sur soi, accorder une place importante à l'acteur et au texte car je n'ai jamais pensé que la modernité était d'évacuer le texte. La parole fait l'humanité et elle ne peut être chassée."

"Permanence artistique"

Michael Delaunoy détaille alors les cinq points forts de sa future politique, tout en s'excusant de ne donner encore aucun nom. Il veut d'abord prendre le temps de rencontrer les équipes, et d'étudier ce théâtre dont il prendra la direction artistique.

Il évoque d'abord, la nécessité d'une "permanence artistique". "Les artistes ont peu à peu déserté les théâtres. Dans un théâtre limité aux répétitions et aux représentations, les artistes sont absents et ce façadisme théâtral finit par enfermer le théâtre dans la routine et la répétition de recettes éculées". Il propose donc d'inviter en résidence au Rideau, des metteurs en scène, des compagnies et des auteurs, représentatifs en particulier de "la nouvelle génération émergente". "En tant que metteur en scène, je ne veux pas confisquer l'institution à mon seul profit, je continuerai à faire des mises en scène, mais plutôt moins qu'avant. Un certain partage de l'outil s'avère indispensable". L'ensemble des artistes en résidence formerait "un conseil artistique qui m'accompagnera dans l'élaboration de la politique artistique globale du Rideau, ce serait un lieu de remise en question permanente". Combien de résidences, et qui ? On verra à l'analyse, répond-il.

Michael Delaunoy veut aussi mettre en place "un comité de lecture" pour étudier les nombreux textes qui sont envoyés. "Je veux que le Rideau soit un théâtre qui suscite de nouvelles écritures et que ce comité joue un rôle de réflexion dramaturgique en matière de répertoire".

Nouveaux partenariats

Delaunoy se propose aussi de nouer des nouveaux partenariats. Il constate que le Rideau a souvent travaillé seul, ce qui a préservé son identité. Il ne veut pas multiplier les co-productions "cosmétiques" mais cherchera de "vraies" co-productions 50-50. "Des partenariats y compris avec des théâtres flamands, même si je suis sans complexe à leur égard. Il y a une mode à dire parfois que tout ce qui est flamand est mieux. Or, nous n'avons à rougir de rien du tout." Michael Delaunoy n'oublie pas de parler du partenariat indispensable avec le Palais des Beaux-arts qui abrite le théâtre et est lié à lui par un accord de 30 ans. Bozar doit aussi construire pour le Rideau une nouvelle petite salle dans un terrain au bout de la rue villa Hermosa. Ce partenariat avec les pôles musique, théâtre ou expo de Bozar est riche de possibilités.

Enfin, Michael Delaunoy se dit à la recherche de nouveaux publics. "Nous sommes dans une ville qui se paupérise et où une part de la population ne se retrouve pas dans nos salles de théâtre. Il faut travailler vers ces publics, élargir le cercle des connaisseurs comme le disait Brecht. Dans cette perspective, les activités proposées en marge des spectacles jouent un rôle majeur. Je fais le pari qu'avec une politique artistique exigeante, on peut toucher un public plus large. J'aime les salles métissées". Et de rappeler que le loubard Depardieu est sorti de la "zone" grâce à Marguerite Duras !