Scènes

La ville de Tournai va vivre ce week-end au rythme des rendez-vous philosophiques et musicaux à l'occasion du festival "Rencontres Inattendues". Des créations exclusives et des rencontres vont rassembler 100 musiciens, chanteurs, philosophes à travers 30 spectacles et rencontres dans des lieux patrimoniaux exceptionnels.

"Ce festival est porté par une utopie concrète, celle du dialogue entre les arts et la pensée, comme celle du dialogue entre les cultures, si éloignées soient-elles", expliquent les organisateurs de l'événement. "Convaincus que la culture peut changer le monde, nous persévérons, dans un joyeux esprit de festival et en libérant la créativité, à jeter des ponts vers notre futur et vers les autres plutôt que d’élever des murs. Et comme cette année l’Orient est venu chez nous au prix de souffrances, franchissant obstacles et distances, nous ne nous sommes pas privés de l’accueillir en faisant appel à ses talents pour les révéler, les conjuguer avec les nôtres et nous élever tous ainsi vers plus de plaisir… et plus d’humanité."

LaLibre.be vous propose une sélection de huit rendez-vous qui vaudront le détour.


1) "Mariage de plaisir"

Lecture romanesque musicale de ce roman de Tahar Ben Jelloun, en présence de l'auteur.

Dans l’Islam, il est permis à un homme qui part en voyage de contracter un mariage à durée déterminée pour ne pas être tenté de fréquenter les prostituées. On le nomme "mariage de plaisir". C’est dans ces conditions qu’Amir, un commerçant prospère de Fès, épouse temporairement Nabou, une Peule de Dakar. Par amour, elle devient sa seconde épouse et donne bientôt naissance à des jumeaux. L’un blanc, l’autre noir. Commence alors l’histoire de ceux qui deviennent victimes de leur couleur de peau.

Samedi à 10h15 à la Cour de l’Évêché. Durée : 60’.


2) "Boussole"

Adaptation sous forme de lecture-concert du roman Boussole (prix Goncourt 2015) de Mathias Enard.

L’histoire d’un musicologue solitaire, hanté par ses souvenirs et la musique, s’impose au théâtre par la voix d’un homme seul, Olivier Dautrey, accompagné de deux musiciens, Marie Hallynck et Muhiddin Dürrüoglu. À la recherche de ses notes, écrites ou mélodiques, le comédien va d’une feuille à l’autre, d’un souvenir à l’autre. Il y a le piano essentiel et le violoncelle si proche de la voix humaine. Une lecture-concert d’un peu plus d’une heure pour traverser une œuvre magistrale. C’est court, mais bien assez pour voyager.

Samedi à 14h30 et à 18h à la Maison de la Culture, salle Frank Lucas. Durée : 1h15’


3) "Le piano oriental"

À partir de sa bande dessinée éponyme, Zeina Abirached, jeune dessinatrice libanaise, raconte l’histoire de son arrière grand-père qui, à Beyrouth, a inventé un piano bilingue qui peut aussi bien jouer à l’occidentale qu’à l’orientale avec les notes en quart de ton. Folle tentative pour rapprocher les traditions musicales d’Orient et d’Occident, ce piano au destin méconnu n’aura vu le jour qu’en un seul exemplaire, juste avant que la guerre civile ne s’abatte sur le Liban. La dessinatrice s’exprimera aussi par des dessins projetés en dialogue avec Mathias Enard sur ce bilinguisme musical en écho au bilinguisme linguistique. Fred Wilbo, pianiste, sera au clavier d’une réplique de ce piano oriental, conçue par le facteur de pianos tournaisien Luc-André Deplasse. Ce nouveau piano bilingue, unique en Europe – un Yamaha blanc – sera "habillé" des illustrations de la dessinatrice.

Samedi à 18h à la Halle aux Draps. Durée : 1h15’


4) "Refugees for Refugees"

Dix musiciens au talent exceptionnel, réfugiés de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan et du Tibet, porteurs des traditions de leurs pays, unissent leur voix et leurs instruments pour un concert sur le thème de l’exil, de la tolérance et de la bienveillance. Leurs chants alterneront avec des textes choisis de Mathias Enard (Prix Goncourt 2015 pour Boussole), lus par le comédien Nicolas Pignon.

Samedi à 21h à la Cathédrale. Durée : 1h30’


5) "La petite à la burqa rouge"

Pour les enfants, Tahar Ben Jelloun conte son adaptation orientalisante du "Petit chaperon rouge", dans le style des "Mille et une nuits". L’auteur, grand familier de la tradition des contes et légendes, est aussi l’auteur de "L’islam raconté aux enfants". Il dialoguera ensuite avec les enfants.

Dimanche à 11h15 à la Halle aux Draps. Durée : 60’


6) "Yôkai"

Dans la culture japonaise, il y a deux façons d’être : on est vivant ou on est… "Yôkai". Des milliers de Yôkai différents existent et l’immense auteur de mangas Shigeru Mizuki les a recensés. Ce spectacle familial nous plonge dans le monde inquiétant… et rassurant à la fois des Yôkai et des contes japonais ! Dans les années 30, le jeune Shigu grandit au Japon. Loin du regard des parents, préoccupés par des tracas financiers, il arrive régulièrement que les garçons de son village, répartis en deux clans, se battent. Mais Shigu ne se doute pas que les combats les plus courageux qu’il aura à mener se feront contre des Yôkai – les esprits japonais. Doté d’une sensibilité particu - lière pour les percevoir, il apprend à connaître leurs noms, leurs fonctions, et à s’en méfier si nécessaire. Cinq musiciens, deux danseurs comédiens, deux enfants et un illustrateur vous emmèneront à la découverte du répertoire inépuisable des Yôkai. C’est l’auteur de manga Shigeru Mizuki qui les a ramenés dans la culture japonaise contemporaine.

Dimanche à 16h à la Maison de la Culture, salle Frank Lucas. Durée : 50’


7) "Orient, Occident : Vivre ensemble, est-ce une utopie?"

Dans les tourments guerriers actuels, les relations entre l’Occident et le Moyen-Orient sont souvent interrogées, analysées, remises en questions. Vivre ensemble apparaîtrait comme une utopie. Tahar Ben Jelloun, romancier marocain dont on oublie qu’il est philosophe de formation, Antoine Fleyfel, théologien et philosophe d’origine libanaise, spécialiste des minorités chrétiennes au Moyen-Orient, et Mathias Enard, dont le regard littéraire érudit a été couronné par le prix Goncourt 2015 pour Boussole, échangeront leurs regards et analyses à l’initiative de Martin Legros (en photo), philosophe, rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

Dimanche à 16h à la Cour de l’Évêché. Durée : 1h30


8) Les "Petites histoires de la philosophie"

De Platon à Hannah Arendt, huit lectures participatives, précédées d’une introduction musicale, seront organisées durant le festival. Le principe : en une heure, chaque lecture présente un court extrait d’un passage décisif de l’histoire de la philosophie. Cet extrait est distribué à l’ensemble du public et lu dans son intégralité par le comédien Thomas Coumans. Après que le philosophe-animateur ait pris 10 minutes pour contextualiser l’extrait et l’œuvre du penseur, on reprend le texte ligne à ligne avec le public – des micros circulent – en le laissant lui-même débusquer et interpréter les passages décisifs.

Au jardin de l’Évêché. Durée : 60’