Scènes

ANALYSE

Le comité d'évaluation composé de huit experts et chargé de trier les dix-neuf candidatures pour la direction du Théâtre National a terminé ses travaux et six dossiers ont été recommandés auprès du conseil d'administration. Par ordre alphabétique, il y a les candidatures de Jean- Louis Colinet, 53 ans, directeur du Théâtre de la Place à Liège depuis 16 ans et directeur du festival de Liège depuis 3 ans, de Bernard Faivre d'Arcier, 60 ans, ex-directeur pendant dix ans du festival d'Avignon, de Michel Kacelenbogen, 43 ans, fondateur et directeur depuis dix ans du Théâtre le Public à Bruxelles, d'Alain Leempoel, directeur depuis 15 ans de l'Adac et démissionnaire de ce poste, de Serge Rangoni, 43 ans, président du Mac's, le musée des arts contemporains au Grand Hornu, et ancien directeur de l'Atelier St-Anne, et de Philippe Sireuil, ex-directeur du théâtre Jean Vilar et aujourd'hui à la tête d'une petite structure, «La Servante».

«Le comité d'évaluation a transmis son rapport et ses évaluations sur les 19 candidats aux membres du conseil d'administration, explique Robert Delville, le président du National. Le conseil se réunira sans doute, vers le 20 février. Il n'est pas exclu que deux séances soient nécessaires si nous décidions de procéder à quelques auditions supplémentaires. Le conseil pourra s'il le souhaite revoir les dossiers d'autres candidats. Au total, ce qui m'a frappé, c'est la qualité marquante des dossiers présentés. Beaucoup sont de très bon niveau. C'est encourageant et cela démontre que le nom du Théâtre national attire des gens de grande qualité.»

Prudence de Sioux

Nous avons contacté les six lauréats de ce premier round. À part Michel Kacelenenbogen qui avait présenté sur la place publique son très audacieux projet qui consiste à fusionner le Théâtre le Public et le National, les autres candidats restent d'une prudence de Sioux. «Je marche sur des oeufs», dit l'un. «Question de stratégie», dit un autre. «Je choisis le dialogue singulier avec le conseil d'administration», dit un troisième. Le directeur du Public se dit cependant «heureux» d'être choisi car on aurait pu craindre, dit-il, que son projet audacieux sur le fond (la fusion des théâtres) et sur la forme (dire tout sur la place publique) ait déplu à certains administrateurs du National. La Fédération des Arts de la Scène (FAS) va tenter de monter un débat public entre tous les candidats qui le veulent (et pas seulement les six) et de mettre leurs programmes en ligne pour qu'une nécessaire publicité puisse se faire autour de ce choix important pour le théâtre.Les six noms choisis sont de grande qualité et pouvaient - quasi - être choisis à l'avance. Il y a quatre gestionnaires et deux metteurs en scène (Sireuil et Kacelenenbogen). Il n'empêche que le sextuor semble particulièrement bien équilibré politiquement. Le choix devrait se faire uniquement sur des bases artistiques. Mais on sait aussi que le choix devra avoir l'aval du ministre Daniel Ducarme (MR) et du président du PS Elio Di Rupo. Il y a deux candidats dont le MR se sent proche (Leempoel et Kacelenenbogen) et deux candidats qui ont affiché leur proximité avec le PS (Colinet fut sur les listes PS aux législatives et Rangoni travailla dans le cabinet de Picqué). Philippe Sireuil qui dit avoir pris le «parti du théâtre», apparaît comme un indépendant. Et Faivre d'Arcier se pointe comme le joker si on ne s'accordait pas sur un nom belge. Mais le choix d'un directeur français susciterait beaucoup de réactions négatives dans le monde théâtral belge où l'on trouverait absurde de chercher ailleurs des talents que nous avons ici.

© La Libre Belgique 2004