Scènes

De tous les défis que s’était lancés la production, le plus terrible fut relevé : la première eut lieu au sec ! Si l’idée des "Bijoux de la Castafiore" revient à Cédric Monnoye (producteur du spectacle), son contenu - la forme, le livret, la musique, les décors, les costumes, les lumières, la mise en scène - revient au tandem François de Carpentries et Karine Vanhercke qui signent ici un travail exceptionnel. Tout atteste à la fois leurs affinités avec l’œuvre d’Hergé, et leur connaissance de la musique et de l’opéra.

Première réussite éclatante : le visuel. Portés par le décor naturel du château, tous les éléments constitutifs de la "ligne claire" se retrouvent transposés en 3D avec une évidence confondante, se chargeant au passage d’une humanité et d’une sensibilité qui, vers la fin, justifieront quelques ajouts craquants, comme la tentative de rapprochement entre Tintin et Matéo ou la déclaration d’amour de Nestor à Irma ("La ci darem la mano"… ). Les lumières et les accessoires - la Peugeot 403, la Citroën Ami 6, la 2CV, le Tryphonar, Coco, Milou ! - sont en phase, chaque tableau est une case et c’est toute la BD qui vit, qui bouge, qui chante.

Manque de répétitions ?

Habilement adaptés, les dialogues semblent directement importés des bulles et embarquent les moindres péripéties de l’album. La dimension lyrique appellera quelques réserves, mais il est sûr que les tintinologues les plus pointus seront conquis par la fidélité à l’album, et les amateurs d’opéra se livreront à un délicieux jeu de piste.

Ce deuxième point doit être mentionné au conditionnel. Pour d’obscures raisons (budget, météo ?), le dispositif délicat des voix naturelles relayées par micros d’ambiance, était au point mort le soir de la première. Peu flatté par la prise de son, l’orchestre des Nuove Musiche dirigé par Eric Lederhandler (jouant à l’intérieur du château) ne cessa de couvrir les voix, tant parlées que chantées, les nouveaux textes placés sur les airs d’opéra étaient incompréhensibles, et il n’y eut que la Castafiore elle-même à tirer son épingle du jeu (notant un mieux en cours de représentation).

Une autre réserve concerne le rythme général de la pièce, compromis par les temps morts, par la longueur des airs - un couplet pourrait parfois suffire… - et par le fait d’avoir repris l’ouvrage original dans sa totalité. Moyennant un resserrage général, et sans doute quelques cruelles coupures, la pièce devrait pouvoir rejoindre pleinement son potentiel de verve et de drôlerie.

Des chanteurs qui en veulent

D’autant que les chanteurs ont la pêche ! Déjà citée, Hélène Bernardy est assurée, rayonnante, irrésistible ; sur le mode faussement bateleur, le comédien Michel de Warzée lui oppose un Haddock hilarant et le jeune Amani Picci, 13 ans, est le plus subtil des Tintin, encore un pied dans l’enfance, mais déjà plein d’aplomb et de sagesse. Citons encore le ténor Axel Everaert (Tournesol) Joëlle Charlier et Nabil Suliman, l’improbable couple Irma-Nestor, Daniel Galvez-Vallejo (Séraphin Lampion), Pierre Doyen et Thierry Vallier (les Dupont-d), et Vincent Dujardin (Matéo et Jean-Loup de la Battelerie).

Château de La Hulpe, jusqu’au 27 septembre. Infos : www.070.be ou 02.376.76.76