Lili, le retour des escargots

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Scènes Entretien B onjour, tout va bien/j’ai mes dix doigts, mes deux mains/deux yeux encore fatigués/comme tous les matins." Combien de milliers d’enfants (et d’adultes) connaissent cette comptine qui s’est durablement installée dans les familles, mais aussi les crèches et les écoles ? Créé en 2002, le premier spectacle des Déménageurs "Lili et les escargots" - dont c’est la chanson phare - a connu un énorme succès auprès du jeune public, avec plus de 150 représentations, et un album écoulé à quelque 10 000 exemplaires. Neuf ans (et deux autres albums/spectacles) plus tard, le groupe belge a décidé de refaire tourner "Lili", qui fait notamment arrêt aux Francos Juniors ce vendredi. L’occasion de faire le point avec Yves Barbieux, son auteur-compositeur. Vous êtes comme ces légendes du rock à qui on demande de venir rejouer leur album mythique… Il y a un petit côté comme ça (rire). Mais c’est vrai que le public pour enfants change - alors que ces groupes de rock vont jouer pour les mêmes gens. Les enfants qui avaient 4 ans à l’époque ont maintenant 13 ans, et ce sont les petits frères qui viennent - même si certains grands reviennent aussi, ou en tout cas écoutent encore l’album. Et parfois, il y a plus de (grands-)parents que d’enfants dans la salle. Ça a toujours été mon but : faire un spectacle familial qui plaise à tout le monde. Je suis mon premier public : après avoir écrit une chanson, il faut que j’aie envie de la réécouter, en tant qu’adulte. En deux mots, comment est né “Lili et les escargots” ? Je travaillais à La Chaise Musicale où je faisais des animations d’éveil musical; je n’avais pas envie d’utiliser les chansons classiques, cela m’ennuyait. Donc j’en ai écrit quelques-unes. On a fait un CD avec La Chaise Musicale qui s’appelle "Dis Monsieur" (une des chansons reprise sur "Lili")... Je voyais que mes chansons marchaient bien avec les enfants, et j’aimais composer. J’avais aussi écrit un conte musical pour enfants, que j’ai présenté à Musicolor (notre agent aujourd’hui) et Team For Action (maison de disques). Denis Gérardy m’a dit : "As-tu autre chose pour les tout petits ? Il y a vraiment un trou de ce côté-là". Je lui ai parlé de mes chansons. On a mis le spectacle sur pied en un mois et demi (avec la plupart des chansons qui étaient sur le CD de La Chaise Musicale), pour être prêt pour la sélection "Chanson à l’école". Le charisme de Marie-Rose (Mayele) fait beaucoup dans le spectacle... Ah oui, elle est incroyable ! Elle est sur scène comme elle est dans la vie. Et, après toutes ces dates, elle garde ce charisme... qui fait que chaque enfant pense qu’elle est là juste pour lui. Les musiciens aussi ont toujours ce plaisir de jouer : il n’y a pas d’usure. Mais Marie-Rose a parfois dû être remplacée ? C’est arrivé, oui, pas très souvent cela dit. Ça s’est compliqué, tout le monde ayant d’autres projets - Marie-Rose est danseuse aussi. Mais le spectacle tient bien la route malgré tout, on n’a pas eu de critiques. Pour les enfants, Lili était là. Pourquoi reprendre ce spectacle neuf ans après ? Parce que la demande était forte ? Nous aussi, on en avait envie, on en parlait depuis longtemps, parce que c’est un spectacle amusant à jouer. On pensait faire une tournée spéciale de quelques dates, mais ça a eu tellement de succès qu’on a décidé d’en refaire d’autres. La demande est énorme. On va donc encore programmer des dates en décembre 2011, janvier et février 2012. Tout en tournant, en parallèle, avec “Le Patamodd” ? Oui, et parfois aussi avec le spectacle "Les déménageurs en concert" ! On a, par ailleurs, traduit le spectacle "Lili et les escargots" en néerlandais. L’album devrait suivre. On a déjà fait une date en Hollande, et on en a une prévue en Flandre. Ça démarre doucement. C’est une belle aventure. On a joué le showcase devant un parterre de 120 programmateurs hollandais (Marie-Rose "Lili" Mayele ayant travaillé dans le réseau hollandais, son agence a voulu voir ce qu’était ce spectacle "Lili et les escargots"). Ils étaient impressionnants ! Marie-Rose est bilingue, mais Perry a dû apprendre beaucoup de textes en néerlandais, et on a dû modifier un peu le spectacle pour que Thierry (qui est Français d’origine et a vraiment trop de mal avec le néerlandais) ne parle pas. Finalement, la version qu’on rejoue en français est une adaptation de cette traduction et de quelques trouvailles qu’on a faites entre-temps : on a changé quelques dialogues, il y a des danses en plus et surtout le fait que ce soit surtout Perry qui parle. Quand j’avais créé le spectacle, on partageait le rôle du frère espiègle avec Perry, puis quand Thierry est arrivé (à ma place), le personnage de Stoul a pris un côté plus professoral, de clown auguste...Mais au final, la trame reste très proche de la version originale. L’espoir est de pouvoir tourner en Flandre, on imagine… Oui, on y travaille, mais ce n’est pas évident, car on y est inconnu. Si ça marche aux Pays-Bas, c’est clair que ça marchera plus facilement en Flandre. Mais ce serait super : on a un côté très belge, qu’on aime défendre. Marie-Rose est une parfaite bilingue - d’un papa flamand et d’une maman congolaise - qui a vécu à Bruxelles. Sur chacun de nos CD, on a mis une chanson traduite en néerlandais Au fait, comment s’intitule le spectacle en néerlandais ? "De huisjesslakken". Le groupe, lui, s’appelle "Lili en haar familie". On ne trouvait pas de traduction qui colle aux "Déménageurs" : le jeu de mot ("ça déménage") n’existe pas en néerlandais Neuf ans après, y a-t-il des chansons que vous avez été tentés de supprimer, ou que vous feriez autrement ? Il y a toujours des morceaux qui accrochent moins, c’est une question de goût. Il y a aussi cette tendance générale à aller vers le plus "efficace". Or, il faut éduquer les enfants à d’autres choses. C’est le cas de la chanson "J’ai dit un gros mot", avec juste Perry qui joue du bodhran et Marie-Rose qui scande un texte façon rap. Votre dernier opus “Le Patamodd” est un livre-CD. Une piste que vous envisagez de poursuivre ? Oui. Dans un an et demi, on va sortir un conte musical, projet que je porte depuis dix ans : "Léon accordéon". On a trouvé un dessinateur québécois terrible, Yves Dumont, pour les illustrations. On sortira le livre-CD en septembre 2012 et le spectacle à la fin de l’année. Peut-on en savoir un peu plus ? Il sera probablement chanté par plusieurs Déménageurs, y compris moi. C’est un conte sur les instruments traditionnels, qui sont tous des personnages. L’histoire d’un accordéon qui part à l’aventure, parce qu’il se demande d’où vient le vent qu’il a dans son ventre, et qui croise toutes sortes d’instruments Un “Pierre et le loup” à votre façon ? Oui, on pourrait dire ça. Mais plutôt avec des instruments folk. Et ce sont de vraies chansons.
Sophie Lebrun