Scènes Arthur Egloff et Da-mien Chapelle dézinguent les codes. Décalage tous azimuts.

Un ovni : on n’en attendait pas moins du tandem de clowns que cultivent Damien Chapelle et Arthur Egloff depuis le spectacle Mange ta glace (inspiré par Just Kids de Patti Smith) de Sofie Kokaj, en 2014. Nés alors, leurs personnages de Dani et Bart ont suivi les compères qui s’étaient rencontrés à l’Insas il y a dix ans.

En 2016, ils écrivent et mettent en scène leur premier opus à quatre mains : Le Tuba des pédiluves , qu’ils n’hésitent pas à présenter comme une "consciente tromperie théâtrale", fait de l’ironie et de l’accumulation/déconstruction un principe moteur. Le bouillonnement métaphorique qui y règne déploie une force suggestive jamais loin de la menace d’asphyxie.

Décor olfactif : toast

Pour Little Gouda - le pain (premier volet d’une trilogie qui s’annonce foutraque à souhait), le plateau s’est vidé, ou presque. De l’air ? Voire, mais toujours de l’humeur, du dérisoire, des codes comme des quilles parmi lesquelles on aurait lancé un éléphant sous ecstasy. Le décalage règne. Soit. De l’air donc, mais qui bientôt dégage un curieux fumet de pain grillé. L’alerte est lancée : une explosion vient de détruire la boulangerie coopérative. Un acte terroriste n’est pas à exclure.

Cependant le duo - dont la naïveté clownesque le dispute à un goût certain pour la rhétorique -, sans véritablement mener l’enquête, profite de l’occasion pour passer à la moulinette les diktats sociaux et économiques.

Autour de Bart et Dani gravite une petite société improbable et débridée - sous les traits de Karim Barras (en archisex gratiné), Jean-Baptiste Calame, Julien Courroye, Jessica Fanhan - qui, tout en s’efforçant d’y trouver remède, n’en finit pas de succomber aux désastres en cascade du fameux (ou fumeux) "vivre ensemble".

Truffé de références et de saillies burlesques, Little Gouda - le pain oscille sans cesse du scénario catastrophe - à portée ironico-politique - au chaos organisé.

"Nous voulons y aller à fond et que le public le voie", annonçait Damien Chapelle en amont de cette création où, à la fois, abondent les clins d’œils appuyés (et potentiellement hilarants) aux férus de théâtre et se réinventent, dans une sorte d’anarchie languide (jusqu’à l’ennui parfois), les fondamentaux de l’amitié et de la révolution.

>>> Bruxelles, Varia, jusqu’au 6 octobre, à 20 h 30 (mercredi 19 h 30). Durée : 2 h env. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be.